Traduction de Hugo Pouliot, de https://www.workersliberty.org/story/2026-05-12/israel-palestine-two-states-and-equal-rights
Deux peuples, les Arabes palestiniens et les Juifs israéliens, habitent le territoire d'Israël-Palestine. Tous deux le considèrent comme leur patrie. L'un dispose d'un État doté d'une armée puissante, d'une économie développée et d'une démocratie relative. L'autre est asservi, occupé, dépossédé.
Une paix juste exige d'éliminer le poison de l'oppression nationale. Cela signifie la fin de l'occupation des territoires palestiniens et la création d'un État palestinien indépendant, aux côtés d'Israël et jouissant des mêmes droits que lui. Workers' Liberty résume cette perspective dans le slogan « Deux États, des droits égaux ».
Il est également crucial de conserver une perspective de classe. Les travailleurs-euses israélien-nes ne partagent pas les intérêts des milliardaires de la tech ou des promoteurs immobiliers du mouvement des colons. Les travailleurs-euses palestinien-nes ne partagent pas les intérêts des dirigeants fortunés du Hamas ou des fonctionnaires corrompus.
La situation sur le terrain s’est aggravée. Le gouvernement israélien actuel a déclaré lors de son investiture qu’il défendrait le droit « exclusif et inviolable » à la souveraineté juive sur l’ensemble du territoire. Les colonies de Cisjordanie visent à enterrer toute perspective d’un État palestinien. La guerre génocidaire contre Gaza a entraîné des destructions massives et des morts. Les guerres contre le Liban et l’Iran visent à projeter la puissance israélienne dans toute la région.
Beaucoup d’aspects du conflit israélo-palestinien sont simples. Un État puissant et bien armé opprime un autre groupe national, lui refusant son droit à l’autodétermination. Dans ce sens fondamental, les principes anticolonialistes et internationalistes nous obligent à prendre le parti des Palestiniens.
Au-delà de cela, la situation présente des complexités. Les Juifs israéliens ne constituent pas une caste minoritaire régnant en exploitant la main-d’œuvre d’une majorité autochtone, comme les Blancs en Afrique du Sud sous l’apartheid. Ils ne constituent pas non plus une bureaucratie coloniale comme les Britanniques en Inde. Ils ne forment pas non plus une classe de colons liée à une métropole impériale comme les Français en Algérie. Ils constituent une nation, avec des classes sociales, et profondément enracinée dans le territoire. Les colons juifs de Cisjordanie peuvent retourner dans la métropole qu’était Israël avant 1967. Le groupe national juif israélien dans son ensemble n’a nulle part où retourner.
Fondation
Israël a été fondé à travers un processus de colonisation et de déplacement que les Palestiniens appellent la Nakba. Les inégalités structurelles qu’il a instaurées persistent aujourd’hui. La reconnaissance et la réparation de ces injustices seront essentielles à tout accord de paix. Mais les Juifs israéliens ne sont pas les premiers à fonder un État-nation en partie par le déplacement d’un autre peuple. De nombreux États contemporains trouvent leur origine dans des processus similaires.
Chaque nation a le droit à l'autodétermination. Aucune nation n'a le droit de priver une autre de son autodétermination. Une démocratie cohérente nécessite un cadre dans lequel les deux peuples, les Juifs israéliens et les Arabes palestiniens, puissent exercer leur autodétermination sur un pied d'égalité.
Workers Liberty s'appuie sur le corpus théorique relatif à la nation développé par les marxistes tout au long des XIXe et XXe siècles. Nous sommes d'accord avec Lénine et d'autres qui ont défendu l'importance de l'autodétermination en tant qu'exigence démocratique. Ils ont également souligné l'importance d'éviter de devenir des apologistes du nationalisme, même celui des peuples opprimés.
Nous avons également tiré des enseignements du travail des petits groupes de révolutionnaires antistaliniens arabes et juifs dans la Palestine d'avant 1948. Ils condamnaient le chauvinisme de nombreux sionistes. Mais ils ont également considéré l’invasion d’Israël en 1948 par les armées arabes, dont certaines étaient dirigées par des officiers coloniaux britanniques, comme une guerre raciale contre les Juifs de Palestine.
À notre avis, une grande partie de la pensée d’extrême gauche sur Israël-Palestine a dégénéré. C’est en partie une conséquence du désespoir face à une situation qui s’aggrave concrètement. Le manque d’espoir a entraîné un repli vers des positions de plus en plus absolues. Mais c’est aussi, pour l’essentiel, le résultat de concessions idéologiques, principalement au stalinisme.
Les calculs impérialistes du stalinisme l'ont conduit à armer les forces sionistes lors des guerres de 1947-1949. Cependant, il a opéré un virage radicalement antisioniste peu après. Son antisionisme n'avait que peu de points communs avec l'antisionisme rationnel des générations précédentes de marxistes. L'antisionisme stalinien a élevé le sionisme, et Israël, au rang de mal absolu, capable de façonner le monde. Ces perspectives s'inscrivaient dans un cadre plus large, que certains ont qualifié de « campisme ». Le campisme divise le monde en deux camps distincts, l'un progressiste, l'autre réactionnaire. Toute force opposée à ce dernier camp est considérée comme digne d'être soutenue.
Ce sont ces repères politiques, bien plus que les anciens courants de la théorie marxiste, qui façonnent la pensée d’une grande partie de l’extrême gauche d’aujourd’hui. Cela inclut même une grande partie de la gauche non stalinienne et antistalinienne. Le Socialist Workers Party, le plus grand groupe révolutionnaire du Royaume-Uni, a réagi aux massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023 par un titre invitant ses lecteurs à se réjouir.
Sombre
Aujourd’hui, la situation est sombre. Les colonies s’étendent. Gaza est dévastée. La réaction s’intensifie. Cela a conduit certains à conclure qu’un cadre à deux États est impossible. Mais les mêmes tendances qui rendent cela peu probable à l’heure actuelle rendent également encore plus improbable toute issue plus démocratique, telle qu’une confédération unitaire binationale.
La lutte commune contre l’occupation, parfois appelée « co-résistance », entre les Juifs israéliens et les Palestiniens est essentielle. La pression internationale sur Israël, sous forme de sanctions et d’embargos sur les armes, a un rôle à jouer. C’est particulièrement vrai lorsqu’elle est exercée directement par des travailleurs tels que les débardeurs. Mais le changement social ne peut être imposé de l’extérieur.
La minorité palestinienne au sein d’Israël a un rôle prépondérant à jouer. Elle représente environ 20 % de la population. Elle est confrontée au racisme et à la discrimination. Cependant, elle dispose d’une liberté relativement plus grande pour s’affirmer politiquement que les populations occupées et assiégées de Cisjordanie et de Gaza. Les travailleurs palestiniens jouent également un rôle important dans certains secteurs de l’économie israélienne, tels que la santé et la construction. Nous nous tournons donc tout particulièrement vers des mouvements tels que Standing Together, qui mobilise les citoyens palestiniens et juifs d’Israël dans des luttes communes pour la paix et l’égalité, ainsi que sur des questions de classe fondamentales telles que les salaires et le logement.
Nous disons : Mettons fin à l’occupation, Israël hors de la Cisjordanie, de Gaza, de Jérusalem-Est et du Liban. Deux États, des droits égaux. Pour l’unité des travailleurs juifs et arabes.
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