Thanks to Hugo Pouliot for the French translation of this article, the English version of which can be found here.
L'équilibre instable du pouvoir au Venezuela depuis la capture de Nicolas Maduro par Trump le 3 janvier a réussi à se maintenir jusqu'à la fin du mois.
La présidente par intérim Delcy Rodriguez a conservé son poste, malgré la ligne difficile qu'elle doit suivre entre les nationalistes militaro-autoritaires de son gouvernement et les trumpistes qui frappent à la porte.
Son parti semble avoir continué à gouverner comme avant : en répondant aux protestations publiques par des sanctions sévères et en refusant de renoncer à son emprise sur le pouvoir. Mais aujourd'hui, la présidente est davantage une intermédiaire entre la classe dirigeante vénézuélienne et Trump qu'une démagogue nationaliste fondant sa popularité sur une opposition virulente aux États-Unis et une alliance avec la Russie, Cuba et la Chine.
Le vendredi 16 janvier, Rodriguez a rencontré le directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Caracas. La CIA a déclaré que le but de cette visite était « de transmettre le message que les États-Unis souhaitent améliorer leurs relations de travail » et qu'ils collaboreraient pour lutter contre les « narcotrafiquants », tandis que le gouvernement vénézuélien a refusé de commenter.
Il s'agit là d'un revirement assez radical par rapport à la position adoptée par Rodriguez le jour de la capture de Maduro, lorsqu'elle avait exigé sa libération et dénoncé l'intervention des États-Unis. Depuis ce jour, Rodriguez n'a plus publiquement réclamé la libération de Maduro et rencontre désormais une force qui s'est vantée d'avoir joué un rôle central dans l'espionnage de Maduro et l'infiltration de son gouvernement afin de faciliter sa capture. Quelqu'un de l'entourage de Maduro ou de l'armée tentera-t-il de la remplacer ? Nous ne le savons pas.
L'intention de Trump de « prendre » le Venezuela reste impossible à résumer autrement qu'en termes très généraux : un désir d'étendre son pouvoir. Trump a déclaré que l'opération concernait le pétrole, mais les faits sur le terrain (ou sous le terrain) posent problème.
Les gisements pétroliers vénézuéliens sont plus difficiles à exploiter que la plupart des autres gisements, y compris les importantes réserves dont dispose déjà l'Amérique. Le pétrole « lourd », qui contient toute une série de contaminants et ressemble davantage à de la « boue verte » qu'à de « l'or noir », nécessite beaucoup plus de temps et de machines pour être raffiné que les variantes plus liquides.
Un raffinage complexe est possible, notamment dans les usines actuellement en service aux États-Unis et qui ont été spécialement conçues pour la production vénézuélienne. Mais le coût et les efforts supplémentaires que cela implique, ainsi que le processus long et coûteux de réparation et de rénovation des infrastructures pétrolières afin d'obtenir une production plus régulière au-delà de la simple saisie des stocks déjà détenus par le Venezuela, ne constituent pas une perspective attrayante dans un marché mondial qui tend vers une offre excédentaire de pétrole.
Chevron
Les réactions des grandes compagnies pétrolières reflètent cette situation. Chevron, qui produit un quart de la production quotidienne de pétrole du Venezuela, a promis de rester en activité, mais d'autres compagnies se sont montrées beaucoup plus prudentes. Le directeur général d'Exxon a qualifié le Venezuela de « non investissable », en grande partie en raison du risque d'expropriation des actifs par l'État, comme cela s'est produit en 1976 et à nouveau en 2007.
Que les compagnies pétrolières choisissent ou non d'investir dans le pétrole vénézuélien n'est pas une question de première importance pour les socialistes révolutionnaires, mais cela montre que la stratégie déclarée de Trump est bancale et ne bénéficie pas du soutien de sa propre classe capitaliste. La refonte de la politique mondiale par Trump à laquelle nous assistons actuellement donne l'impression d'être à la dérive, laissant même les experts constamment dans l'incertitude quant à ses prochaines actions et à la logique qui les sous-tend.
Maria Corina Machado, qui s'est rendue à la Maison Blanche afin de remettre solennellement son prix Nobel de la paix à Trump, est la principale personnalité à avoir tenté de séduire le président. Ses intentions étaient claires : flatter le président afin qu'il la nomme prochaine présidente du Venezuela, ce qu'il a catégoriquement refusé lors de sa conférence de presse suivant la capture de Maduro. Elle a déclaré à la presse qu'elle espérait diriger le Venezuela « lorsque le moment serait venu ».
Trump n'a pas changé d'avis, et Machado a perdu un prix Nobel sans se rapprocher de son objectif.
L'attention de Trump, et avec lui celle du monde entier, s'est tournée vers l'Iran et le Groenland ces derniers jours. Mais des tensions non résolues persistent au Venezuela, et il existe actuellement un risque réel que le gouvernement Rodriguez consolide à nouveau son pouvoir et soumette à nouveau la population, cette fois avec le soutien des États-Unis, plutôt qu'avec leur antagonisme.
Le PSL, section vénézuélienne de l'UIT-CI (l'un des réseaux internationaux « post-morenistes » « trotskistes orthodoxes »), a utilement résumé le rôle que joue le gouvernement Rodriguez :
« Nous devons être catégoriques : si un pacte est conclu avec l'impérialisme, il y aura davantage de misère et de pillage de nos ressources, sans aucun bénéfice pour les travailleurs […] Il n'y aura ni avantages ni meilleurs salaires avec les États-Unis et leurs sociétés transnationales. Ils se soucient peu des besoins des travailleurs […]
« Entre 1999 et 2014, le Venezuela a reçu plus de 960 milliards de dollars provenant des exportations de pétrole. Une infime partie de cette somme colossale est parvenue aux travailleurs et aux couches populaires. Seules quelques politiques sociales et les Misiones (missions) ont été mises en œuvre, avant de finir par disparaître. La majeure partie de cet argent a été détournée vers des transactions douteuses et la corruption, l'achat d'armes et des contrats avec de grandes multinationales.
« Nous devons nous mobiliser pour obtenir une augmentation d'urgence des salaires et des retraites, à hauteur du panier de biens de base. Finies les mesures d'austérité pour les travailleurs ! Finies les primes salariales ! Discutons des conventions collectives, du droit de grève et de la liberté d'association, de la liberté totale des prisonniers politiques, y compris ceux qui ont déjà été libérés, de la liberté de ceux qui ont été emprisonnés dans le contexte des manifestations contre la fraude électorale en juillet 2024. »
La revendication de syndicats libres, du droit de grève, de la liberté d'association et de la libération de tous les prisonniers politiques est aujourd'hui d'une importance fondamentale au Venezuela. Elle pourrait servir de base à des élections démocratiques pour une nouvelle assemblée constituante, capable de supprimer les pouvoirs constitutionnels excessifs du président.
Réclamer ces mesures aujourd'hui ne revient pas à « détourner l'attention » de l'attaque de Trump contre le Venezuela : c'est la seule façon juste de riposter. La classe ouvrière vénézuélienne est la force vers laquelle nous devons nous tourner, et sa capacité à mener une guerre contre la classe dirigeante de son propre pays et contre son ennemi impérialiste repose sur des libertés qui doivent être conquises dans la lutte.
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