Quelles sont les alternatives à Cuba ?

Cuba

Traduction de Hugo Pouliot


Le gouvernement cubain se trouve actuellement dans une situation très précaire. Il y a régulièrement des coupures d'électricité de 14 à 15 heures, des pénuries de nourriture et d'essence, et des maladies telles que la dengue et le chikungunya se répandent en raison du non-ramassage des ordures, qui attire les moustiques. À la fin de l'année dernière, les hauts fonctionnaires auraient été informés que « l'État n'est plus en mesure de fournir à de nombreuses entités les ressources minimales dont elles ont besoin pour continuer à fonctionner ».

L'attaque contre le Venezuela et l'enlèvement de Maduro ont marqué le début d'une approche plus agressive de l'Amérique latine de la part du gouvernement Trump, et Cuba est la prochaine cible. Mais Trump a affirmé qu'il n'avait pas l'intention de mener une action militaire à Cuba, car le gouvernement allait de toute façon tomber de lui-même.

Il est certainement peu probable que Cuba puisse compter sur l'aide extérieure de ses alliés. La Russie s'est montrée à maintes reprises comme un allié peu fiable pour les gouvernements de sa sphère d'influence, comme l'Iran, l'Arménie ou la Syrie d'Assad.

L'intérêt des États-Unis pour Cuba est antérieur à la guérilla menée par Fidel Castro entre 1956 et 1958, à son accession au pouvoir le 1er janvier 1959 et à son alignement ultérieur sur l'URSS. La guerre hispano-américaine de 1898 a été en grande partie menée pour Cuba, et une grande partie des exportations et des importations qui transitent par les ports du golfe du Mexique au Texas et en Louisiane passent par le détroit de Floride, un bras de mer de 145 km entre la Floride et Cuba.

Pendant la guérilla contre la dictature de Fulgencio Batista, l'avenir des relations entre les États-Unis et Cuba était incertain. Les États-Unis avaient des différends avec Batista. Fidel Castro dirigeait le Mouvement du 26 juillet, qui était distinct et parfois en désaccord avec le Parti socialiste populaire (PSP), plus petit et aligné sur Moscou.

Cependant, il y avait des recoupements. Le Mouvement du 26 juillet comptait parmi ses figures de proue des personnalités favorables au « communisme » de l'URSS, telles que Che Guevara et Raúl, le frère de Fidel.

Les forces de Guevara s'emparèrent de la ville de Santa Clara le soir du Nouvel An 1958, et le lendemain, Batista s'enfuit en République dominicaine. Le « communisme » n'était qu'un courant parmi d'autres au sein du mouvement indépendantiste, et au début, Castro a maintenu un équilibre entre les différentes factions. Les États-Unis ont adopté une approche prudente à l'égard de Cuba jusqu'à l'adoption de la loi sur la réforme agraire en mai 1959. Après cela, leur prudence s'est transformée en hostilité ouverte, et Castro est devenu plus ouvertement critique à l'égard des politiciens libéraux tels que le président Urrutia, qui a démissionné en juillet 1959 et s'est enfui aux États-Unis.

Au même moment, le mouvement syndical vivait ce que l'historien Samuel Farber a qualifié d'« exercice le plus important de démocratie autonome à la base pendant la période révolutionnaire ». Les élections syndicales internes du printemps 1959 ont vu une victoire écrasante des candidats du Mouvement du 26 juillet, tandis que le PSP n'a obtenu que 10 % des voix. Les élections des délégués au dixième congrès de la CTC (Confédération des travailleurs cubains) se sont déroulées de manière similaire. Castro est intervenu pour empêcher une défaite totale du PSP, imposant une liste menée par l'aile pro-PSP du Mouvement du 26 juillet dirigée par Jesús Soto. Le congrès a été suivi d'une purge des dirigeants syndicaux non communistes, accusés de collaboration avec le régime de Batista, et la vie démocratique des syndicats a été étouffée par le gouvernement. Puis, en mars 1962, Aníbal Escalante, un stalinien notoire du PSP, fut purgé.

Élite

Une nouvelle élite dirigeante se constituait à partir d'éléments issus à la fois du Mouvement du 26 juillet et du PSP. Comme l'a dit René Dumont : « Un nouveau groupe dirigeant se constitue à Cuba, certes bienveillant envers les travailleurs et les pauvres, mais... ces derniers n'ont plus le droit de s'exprimer s'ils deviennent trop critiques ».

En 1961, le Mouvement du 26 juillet fusionna avec le PSP (et le groupe du Directoire révolutionnaire) pour former un parti unique unifié. À ce stade, le gouvernement cubain s'était rallié à l'URSS et avait nationalisé une grande partie de l'économie. Le parti unifié fut rebaptisé Parti communiste de Cuba en 1965.

Le régime qui s'est consolidé à Cuba était une dictature à parti unique, à l'instar d'autres États staliniens à travers le monde. Il combinait la mise en place d'un État providence et la suppression de toute politique autonome de la classe ouvrière. Les « trotskistes orthodoxes » cubains ont été réprimés à partir de 1962 et ont disparu en 1965.

Cuba est soumise à un embargo américain depuis 1960 (et a fait l'objet de diverses attaques, telles que l'invasion manquée de la baie des Cochons). Cela a considérablement détérioré le niveau de vie et contribué à maintenir un climat de siège.

Tout au long de la guerre froide, Cuba a été maintenue à flot grâce à l'aide de l'Union soviétique. L'effondrement de l'Union soviétique en 1991 a entraîné une décennie de graves difficultés, connue sous le nom de « période spéciale ». Une certaine libéralisation politique s'est alors produite, car la capacité du gouvernement à exercer la répression s'est affaiblie et des concessions ont été jugées inévitables.

L'élection d'Hugo Chávez au Venezuela en 1999 a été une bouée de sauvetage pour le gouvernement cubain, et les relations entre les deux gouvernements se sont encore resserrées après le coup d'État manqué contre Chávez en 2002. Cuba dépend fortement du pétrole vénézuélien, et en échange, le gouvernement Chávez s'appuie sur les forces de sécurité et le personnel médical cubains.

Ces dernières années, alors que les revenus pétroliers autrefois colossaux du Venezuela ont diminué, l'économie cubaine s'est effondrée et les conditions de vie sont désormais pires qu'au cours de la période spéciale. Les importations de pétrole vénézuélien avaient déjà considérablement diminué, passant de 90 000 barils par jour sous Chávez à seulement 35 000 au cours des trois derniers mois de 2025, selon le New York Times. La dernière cargaison a quitté le Venezuela à la mi-décembre, et cela pourrait être la dernière si l'on en croit Trump.

L'industrie du tourisme a également décliné après la Covid. Elle constituait non seulement une source importante de revenus en général, mais aussi et surtout de devises étrangères.

Cuba a connu un certain nombre de réformes de marché, mais sans programme complet de restauration du capitalisme comme en Chine ou au Vietnam. En décembre, un essai de « dollarisation partielle » a été lancé, permettant à certaines organisations d'avoir des comptes bancaires en dollars afin d'intégrer dans l'économie officielle le commerce illicite existant en dollars, qui avait créé une sorte de « double économie », où de nombreux articles n'étaient accessibles qu'à ceux qui pouvaient obtenir un revenu, ou un deuxième revenu, en dollars. Depuis 2021, il existe des « petites et moyennes entreprises » (MiPyMEs) légales, dont le nombre a augmenté au fil du temps.

Les investissements russes sont devenus importants pour l'économie cubaine, et les deux pays entretiennent des liens militaires et économiques solides. Malgré un scandale en 2023 concernant un réseau russe de traite d'êtres humains recrutant des Cubains pour combattre en Ukraine, où le ministère des Affaires étrangères a déclaré que « Cuba ne participe pas à la guerre en Ukraine » et procédé à des arrestations, les services de renseignement militaires ukrainiens rapportent désormais que plus de 1 000 Cubains combattent en Ukraine, faisant écho aux affirmations du gouvernement américain (qui sont démenties par Cuba).

Effondrement

Il reste à voir si le régime du Parti communiste s'effondrera ou si les États-Unis parviendront à conclure un accord avec une faction du gouvernement, comme au Venezuela. L'accord avec Rodríguez et la mise à l'écart de María Corina Machado par Trump n'étaient clairement pas le premier choix de Marco Rubio, mais celui-ci a déjà fait des concessions au programme « America First » de Trump au détriment de sa propre base. Des panneaux d'affichage érigés à Miami l'ont qualifié de « traître » depuis que Trump a révoqué le statut de résident temporaire de trois mille migrants vénézuéliens (dont beaucoup vivent à Miami) et expulsé des milliers de Cubains.

La société civile indépendante à Cuba est politiquement hétérogène ; les éléments religieux pro-Trump et de droite, tels que María Payá Acevedo, alliée de longue date de Marco Rubio, constituent une force réelle, sinon hégémonique.

Il existe également davantage de dissidents de gauche, bien qu'ils ne soient pas organisés de manière significative à notre connaissance, et des forces ouvrières véritablement démocratiques pourraient émerger dans la tourmente d'un effondrement politique.

Il est de notre devoir de soutenir ces forces tant contre le régime actuel que contre la libre concurrence impérialiste, la privatisation massive et le démantèlement des prestations sociales qui risquent de suivre l'effondrement du gouvernement cubain.

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