Le Parti des travailleurs et l'Europe

Submitted by AWL on 10 June, 2005 - 10:57

"A little informative article written by a comrade who recounts what the Parti des travailleurs [PT, Workers' Party, one of the three sizeable Trotskyist groups in France] said about Europe and the referendum", sent to us by Yves Coleman. In French.

Le Parti des travailleurs et l'Europe

Le texte qui suit tente de présenter, sans commentaires critiques superflus, les positions du PT vis-à-vis de l’Europe et de la question du référendum à partir d’un choix de citations extraites de sa presse. Si le PT est certainement la plus droitière (pour ne pas dire réactionnaire) des trois principales organisations trotskystes françaises, celle qui colle le plus ouvertement aux bureaucraties syndicales et politiques du mouvement ouvrier et celle qui a l’esprit le plus manœuvrier et sectaire, il faut cependant s’y intéresser car les arguments que le PT développe sont aussi avancés par d’autres groupes ou partis dits de gauche ou d’extrême gauche, voire libertaires. Ces arguments vont tous dans le sens du chauvinisme le plus éhonté, du catastrophisme le plus simpliste et du culte le plus débridé de l’Etat bourgeois. Ils illustrent bien comment un verbiage pseudoradical peut camoufler (bien mal) une politique de soutien au Capital.

Ces arguments ont aussi un avantage : ils montrent que les trotskystes du PT ne conçoivent en fait la lutte des classes qu’à l’échelon strictement national, dans le cadre de l’Etat-providence français, des conquêtes sociales françaises et du mouvement ouvrier français. Ils veulent explicitement revenir en 1945, soixante ans en arrière, et se refusent à définir une stratégie pour le mouvement ouvrier européen et international face aux institutions supranationales qui se sont mises en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils refusent d’envisager la possibilité de l’apparition d’un impérialisme européen et les nouvelles tâches et les nouveaux combats qu’une telle situation impose.

Ils perpétuent parfaitement les analyses chauvines du PCF des années 50,60 et 70 face aux différentes étapes de la « construction européenne ».

Et plus généralement ils prolongent la vieille tradition jacobino-universaliste de la bourgeoisie française face aux autres bourgeoisies européennes et face à la bourgeoisie américaine, au nom d’une idée supérieure de la Démocratie, de la République, mythes fondateurs de l’Etat français depuis 1789 qui ont été et sont au centre de la politique impérialiste, colonialiste et néocolonialiste de la France.

Ni patrie ni frontières

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« Celui qui ne sait pas défendre de vieilles conquêtes n'en fera jamais de nouvelles. La formule de Trotsky s'applique à chacune des conquêtes arrachées par la classe ouvrière. Au-delà, elle vaut pour la question, plus générale, de la démocratie. La classe ouvrière défend intégralement et sans réserve la démocratie et toutes les conquêtes qui s'y rattachent. L'objectif de la lutte des classes est, rappelons-le, d'arracher la propriété privée des moyens de production des mains du petit groupe de spéculateurs, profiteurs, exploiteurs et capitalistes qui la monopolisent [...] La classe ouvrière ne peut réaliser cette tâche si elle renonce aux garanties et conquêtes arrachées par les étapes précédentes de la lutte de classe, au premier rang desquelles : la démocratie » .

1/ L'Europe, c'est la déréglementation

Les XIXe et XXe siècles ont vu la classe ouvrière conquérir un certain nombre de droits politiques et sociaux. Or, ceux-ci sont de plus en plus remis en cause : remise en cause des conventions collectives, diminution des services publics et privatisations, rentabilisation de la Sécurité sociale et de la santé, remises en cause de la laïcité et de l'égalité des citoyens. Pour le Parti des travailleurs (PT), la situation actuelle de la France s'inscrit dans la continuité depuis le « tournant de la rigueur » de 1983.

« Tout salarié, en France, bénéficie de droits collectifs. Inscrits dans le Code du Travail, les statuts, les conventions collectives, les accords de branche, et régis par le principe de faveur, ces droits résultent des rapports de force établis par la lutte collective des travailleurs [...] depuis un quart de siècle, tous ces droits son sapés et remis en cause par les gouvernements successifs appliquant les politiques du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, relayées par l'Union Européenne » .

Ce qui caractériserait, en effet, la politique de ces 20-25 dernières années, depuis 1983 en passant par le tournant de Maastricht en 1992, c'est le rôle déterminant du contexte européen. « En parfaite continuité, tous les gouvernements, depuis 1983, ont appliqué la même politique imposée par la Banque centrale européenne et la Commission européenne » . En effet, écrit Roger Sandri en 1999 : « actuellement, 70% des textes et règlements nationaux procèdent des directives imposées par les institutions de l'Union européenne et, en premier lieu, de la Commission des communautés européennes. Ainsi, les Parlements nationaux sont désormais conduits à voter, près de trois fois sur quatre, des textes qu'ils n'ont ni proposés, ni élaborés, ni discutés » . Et c'est ainsi qu'Informations Ouvrières, le journal du PT, peut conclure : « Vingt-deux ans d’alternance, c’est-à-dire d’application continue des politiques destructrices décidées à Bruxelle » .

On peut dès lors comprendre pourquoi, pour le Parti des travailleurs, politique nationale et politique européenne ne requièrent pas deux niveaux d'analyse et d'action.

A propos de l' « euroloi » Fillon, qui, selon le parti, sacrifierait des disciplines entières, réduirait massivement les heures d'enseignement, viderait de leur substance les diplômes nationaux, en particulier le Baccalauréat, et livrerait la jeunesse à l'exploitation patronale, le PT écrit « Qu'il « réforme » les retraites, le Code du travail ou l'école, le ministre Fillon obéit au même donneur d'ordre : l'Union européenne, ses directives et son projet de traité constitutionnel » . Il peut dire encore : « Ils annoncent 8000 suppressions d'emplois à France Télécom, 3900 à la SNCF, dit encore le PT... Responsable : l'Union Européenne. Qui peut dire le contraire ? » . Certes, il ne s'ensuivrait pas que les dirigeants nationaux n'auraient aucune responsabilité à assumer, car « aucune mesure de l'Union européenne n'aurait pu être élaborée sans la participation des dirigeants » , mais il s'agirait de comprendre que l'Union Européenne représente la mise en place d'un nouvel ordre politique fondamentalement anti-démocratique, même si, il faut le signaler, l’Europe, pour les lambertistes, « a constitué et constitue un instrument de l’impérialisme nord-américain » . Pour eux, en effet, « on peut désigner l’OTAN, d’une part, l’euro, d’autre part, comme les deux instruments de l’ordre impérialiste mondial, dominé par le capital financier des Etats-Unis »

2/ L'Europe, c'est le néo-totalitarisme

Parallèlement, pour le Parti des travailleurs comme pour quelques organisations qui lui sont proches, et notamment la Libre Pensée, la construction européenne représente en effet la mise en place d'un ordre néo-totalitaire, inspiré de la doctrine sociale de l'Eglise, dont la caractéristique, qui le rapprocherait du fascisme, serait son essence corporatiste. « Ce néototalitarisme est l'antithèse de la démocratie politique et représentative, au sens où il exige la récupération et l'intégration des forces économiques et sociales composantes de la société civile dans les structures politiques, vers un organicisme total et global, effaçant toute séparation entre l'individu et le citoyen fondus en une seule et même personne dans le communautarisme d'un Etat total » . A l'instar de la Charte du Travail pétainiste, et suivant le principe de subsidiarité, inspirateur de l'Italie fasciste et du Portugal salazarien, l'intégration des organisations professionnelles via la Confédération Européenne des Syndicats (CES) représenterait un enjeu particulièrement important.

La question de la démocratie est à l’ordre du jour depuis longtemps : « à l’époque de l’impérialisme décomposé, toutes les formes de la démocratie sont remises en cause, notamment : la liberté d’expression, de réunion, d’information indépendante, la liberté absolue de conscience, par la stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’existence même des syndicats ouvriers indépendants indissociable de la démocratie. (…) C’est pourquoi la 4ème Internationale, loin de repousser les revendications démocratiques, les inscrit dans l’action d’ensemble d’émancipation de la classe ouvrière (…) La démocratie est le cadre le plus favorable à l’organisation indépendante de la classe ouvrière » .

Indissociable de celle des acquis sociaux, et au centre de la réflexion européenne du PT, la démocratie, pour ce dernier, s'incarne dans le cadre républicain, lié à la grande Révolution de 1789. « Le suffrage universel ne contient pas à lui seul toute la démocratie. Pour répondre aux exigences qui sont celles de millions, et qui seront contenues dans le vote non, nous le savons, il va falloir se battre. Il va falloir se battre pour reconquérir tout ce qui a été perdu. Il va falloir se battre pour reconquérir les droits remis en cause. Nous voulons, nous, que ce 29 mai ouvre une étape nouvelle de la reconquête de la démocratie et des droits. Et la démocratie, outre le suffrage universel, c’est la liberté de s’organiser. C’est la liberté de s’organiser au plan syndical. Et c’est la liberté de s’organiser en parti politique » .

Dès lors, en même temps que défendre l'indépendance syndicale et politique, il s'agirait de lutter contre la remise en cause de toutes les conquêtes de la révolution que sont la démocratie communale, dont le PT fait l'éloge et qui est incarnée dans l'existence des 36.000 communes françaises, remise en cause par l'intercommunalité forcée ; de défendre également l'existence des départements face à « l'Europe des régions », qui représenterait un retour aux pagi de l'Ancien Régime.

Pour le Parti des travailleurs, la construction européenne, c'est bien la révolution française à l'envers. « La République est en danger. La République une et indivisible, celle que nous a léguée la Révolution de 1789, celle qui a érigé l'égalité des citoyens en principe de gouvernement où que ses citoyens se trouvent sur le territoire national, celle qui s’incarne dans l’existence de la démocratie communale et dans l’existence de syndicats indépendants et de partis politiques, notre République est menacée » . Or, il semble que pour le PT, cette révolution ait deux significations contradictoires : d'une part, selon la position marxiste traditionnelle, il s'agit d'une transition historique, positive et fondamentale, entre deux modes de production, d'une transition également porteuse de conquêtes politiques ; mais d'autre part il semblerait que la Révolution française soit également perçue comme un événement fondateur d'un régime politique, la République, qui acquiert de plus en plus dans l'idéologie du PT une valeur en soi. Ce dernier tente le difficile exercice de continuer à dénoncer la 5ème république, celle du « coup d’Etat permanent », tout en défendant le caractère démocratique de ses institutions : Assemblée nationale, cantons, communes, etc.

3/ République, nation : des mots d'ordre plus qu’ambigus, réactionnaires

En réalité, il semble de plus en plus que, pour le PT, la lutte des classes et les perspectives socialistes, pour peu qu'elles soient présentes, s'inscrivent dans le cadre d'un combat manichéen entre le bien et le mal, entre la République et l'Europe. Cela se traduit notamment par un certain nombre d'ambiguités autour des notions de république et de nation, dont on peut se demander si elles sont des revendications transitoires ou définitives.

A la manifestation du 22 janvier 2005, Daniel Gluckstein déclare : « Aujourd'hui, en manifestant pour la victoire du vote non à la « Constitution », nous voulons permettre qu'à nouveau triomphe la République » . Il semblerait dès lors qu'il existe une confusion entre des acquis sociaux et le système politique dans lequel – mais aussi contre lequel – ils ont été conquis : « Le triomphe de la République, c'est le retour à la laïcité de l'Ecole et de l'Etat [...], c'est l'abrogation de la réforme de l'Etat, l'abrogation de la régionalisation, [...] le retour au statut de la fonction publique d'Etat [...], c'est l'abrogation de l'intercommunalité forcée, c'est le retour aux libertés des 36.000 communes, c'est le retour à l'EDF-GDF de 1945, la renationalisation de l'électricité, du gaz, des chemins de fer ; le retour de la Poste au service public ; la réouverture des services fermés dans les hôpitaux, les maternités. Le triomphe de la République, cela veut dire le retour au Code du travail, aux conventions collectives, aux statuts. Cela veut dire le respect de l'indépendance des syndicats, qui, en toute indépendance, ont la liberté de négocier les augmentations de salaires, et pas d'être les exécutants des ordres du gouvernement et de l'Union Européenne. Le triomphe de la République, c'est l'interdiction des plans de licenciements et de délocalisations, l'arrêt de la mise en jachère des terres, [...] c'est l'abrogation de toutes les lois de déréglementation dictées par l'Europe, les lois de droite et de « gauche ». C'est le retrait du projet de loi Borloo, c'est l'abrogation de la loi Aubry ! »

En effet, si cette République doit être une république sociale – et le PT ne se prive pas de comparaisons avec la Commune – il semble que l'insistance du parti sur la souveraineté nationale traduise un véritable repli national, et l'on peut se poser la question de la signification de la notion de « démocratie politique », sur laquelle le PT insiste beaucoup.

Pour lui, par exemple, « La victoire du vote NON est porteuse du rétablissement de la démocratie politique » . S'agit-il de la démocratie authentique, que les marxistes qualifient de prolétarienne, ou de la démocratie bourgeoise ? Dans ce dernier cas, est-ce vraiment une revendication tactique, donc transitoire ? N'y a-t-il pas également une orientation chauvine ?

Le PT, il est vrai, parle bien plus des peuples que du peuple ; à propos de la victoire du non au référendum, notamment, ce sont ceux-ci qui sont donnés comme vainqueurs : « Le 29 mai, il y a, dans notre pays, des vainqueurs et des vaincus. [...] Vainqueurs également, tous les peuples d’Europe, qui partagent avec le peuple français la même aspiration à la souveraineté, à la défense des droits, des garanties, des conquêtes démocratiques, et les mêmes inquiétudes sur la machine à détruire toutes les conquêtes de civilisation humaine que représentent l’Union européenne et sa « Constitution » . Et qui plus est, la nation tend à se présenter comme le cadre exclusif d'exercice de la démocratie : « Lisons la Constitution du 3 septembre 1791, héritière de la Révolution française, s'écrie Informations Ouvrières : « La souveraineté est une, indivisible, inaliénable et imprescriptible, elle appartient à la nation, aucune section du peuple, ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. La nation, de qui seule émane tous les pouvoirs, ne peut les exercer que par délégation. » . Enfin, le « front unique » défendu par le Parti des travailleurs s'étend, au-delà du PS et du PC, et depuis le Comité pour l'abrogation du Traité de Maastricht, aux militants du Mouvement des Citoyens (MDC), c'est-à-dire à un parti chauvin, ou encore, à des gens comme Georges Gastaud, du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), qui font référence « à la fois au patriotisme populaire et à l'internationalisme prolétarien » .

4/ Des enjeux particuliers du TCE

« Ne vous abstenez pas ! » , tel est le mot d'ordre lancé en janvier par Daniel Gluckstein. Pour le PT, il est impossible de combattre indépendamment de la Constitution européenne : être contre les privatisations, pour les services publics, prôner une démarche « lutte des classes », cela implique nécessairement de lutter pour la victoire du « non ». « C'est clair : il n'y a pas de défense possible des services publics, des communes, des statuts et acquis sociaux de la démocratie et de la République si on ne dit pas : Non à la Constitution européenne ! » . Ou encore : « Le combat pour le vote non et celui pour l'abolition des mesures anti-ouvrières constituent pour le Parti des travailleurs un tout indissociable » .

Mais en quoi consiste la stratégie du Parti des travailleurs ? Quelle est sa place et son poids ? Le PT défend en général une ligne de front unique, mais à la condition que celui-ci se réalise sous sa houlette, ce qui, vu son peu de poids électoral et sa marginalité médiatique, le condamne souvent à l’isolement. Pourtant, le 16 octobre 2004, à Ivry, le Parti des travailleurs a mis sur pieds un « Comité national pour la victoire du vote non », qui semble avoir obtenu certains succès. A son meeting du 16 avril 2005 sont en effet présents Maurice Dehousse, ex-vice-président du groupe socialiste au Parlement européen et ancien député de Belgique, ainsi que Marc Dolez, député socialiste du Nord.

XXX « Un spectre hante l'Europe : celui de la victoire du vote non à la « Constitution » européenne en France » , affirme Daniel Gluckstein. Mais quels sont les enjeux de la victoire ? Le PT répond souvent à cette question de façon abstraite autant qu'affirmative. « Que le non l’emporte, et c’est un coup d’arrêt à cette politique. Que le non l’emporte, et c’est la porte ouverte enfin à un véritable changement de politique, fondée sur la satisfaction des revendications » .« Est-ce seulement un vote, un référendum ? Non, messieurs les « grands responsables », c’est une révolte sociale ».

Pourtant, il semble qu'il garde certaines réserves : « La victoire du vote non a pour enjeu que des questions seront posées, qui, bien sûr, ne trouveront pas réponse le 29 mai. Mais posées avec force le 29 mai au soir, elles appelleront des réponses auxquelles personne ne pourra déroger » .

Comments

Submitted by Anonymous (not verified) on Fri, 06/10/2005 - 18:49

The following was translated by Alan benjamin from the USA

Workers Party National Bureau Statement:

A Victory of the People of France!

The French people have just expressed their will. Their record participation rate shows that, when it is in the service of genuine democratic choice, universal suffrage is an arm that the people are ready and willing to wield in their own interests. The French people voted with full knowledge of the stakes involved. They sent a message to all that they will not give their consent to a "Constitution" that used the Charter of Fundamental Rights as a pretext for undermining all the foundations of political democracy and workers' rights.

The "no vote" has just won a resounding victory. And this occurred just a few days after the collapse of Germany's SPD (Social-Democratic Party). Can one imagine that these two events have no relation with one another? The SPD leaders led their party to collapse for refusing to admit that the German working class's social gains were won through class struggle. Isn't this also true in France with the collapse of the partisans of the "yes vote"?

On May 29, in our country, there are the victors and the vanquished.

The victors are the workers, victims of plans of offshoring, deregulation and the destruction of rights; they are public workers, youth, pensioners, farmers submitted to the EUs common agricultural policy.

Victors as well are all the peoples of Europe, who share the French people's aspiration to defend their sovereignty, their rights, their guarantees, and their democratic gains. All share their opposition to the steamroller of all humanitys conquests represented by the European Union and its "Constitution".

Aren't the peoples of the world victors as well? The victory of the no vote in France means it is possible to stop the destructive policies implemented around the world by the bankrupt system of private ownership of the means of production. We address you, workers and youth of the world when we say: "Toilers, we must save ourselves", as The Internationale chants. Despite the call for a yes vote" by all institutional leaders and the vast majority of the "political establishment", it is the millions and millions of anonymous people, urban and rural workers, youth, and unemployed, whose aspirations all joined forces to say: Enough is enough! The current situation must end, this is the demand of all peoples!

Aren't the vanquished all the governments throughout Europe who came to publicly support the French proponents of the "yes"?

Aren't the vanquished all the European Union institutions which devoted all the means at their disposal to promote the "Constitution"?

Aren't the vanquished all the successive French governments, which meticulously implemented the Maastricht Treaty -- from the "plural left" Jospin-Gayssot government to the present Chirac-Raffarin government?

Isn't the vanquished the MEDEF employers' association which, in the name of the French ruling class, supported the draft constitution with full force?

Isn't the vanquished the Bush Administration which, through the voice of is Secretary of State Condoleeza Rice, ostensibly came to support the European "Constitution"?

The victory of the no vote prevailed despite a flood of shameful propaganda, the manipulation of unbounded state powers and the confiscation of an official campaign by eight political parties, which were selected on the basis of arbitrary criteria, prohibiting a large number of other political formations, beginning with the Workers Party, from taking part in the official campaign. We carried out our campaign in a calm and orderly manner.

But the entire arsenal of state power was not enough to prevail.

In the great moments of history the force of the masses, the force of the millions of the anonymous shows that it can overcome the apparent omnipotence of those who control the political, financial and media institutions.

This May 29, 2005 will stand as one of those great moments, when the people's will has risen to show it can submerge the powerful coalition of those who dominate and serve the regime of the private ownership of the means of production.

The French people said: 22 years is more than enough!

A few days before the vote, the French daily Le Monde, in a threatening editorial, wrote that the victory of the "no" would be meaningless if it left intact the 1983 governmental turn to austerity policies.

For all intents and purposes, this is quite true.

Since the Left Union government of Mitterrand-Mauroy-Ralite-Fiterman, under orders of minister Jacques Delors, made a turn towards austerity in 1983, our country has been submitted to twenty-two years of austerity policies, of undermining all our rights.

Twenty-two years during which our real wages have consistenly declined and job market deregulation accrued.

Twenty-two years during which unemployment skyrocketed.

Twenty-two years during which fertile land has increasingly been left fallow.

Twenty two years during which systems of social protection, retirement, health care, and unemployment insurance have been submitted to ruinous counter-reforms.

Twenty-two years of privatization and dismantling of social services.

This is what we have experienced for the past twenty-two years.

And all these policies have been waged in perfect continuity by the governments of Mitterrand's Left Union (1983-1986), then the Mitterrand-Balladur cohabitation (1986-1988), then once again the so-called left-wing governments under Mitterrand (1988-1993), then the cohabitation under Mitterrand-Balladur (1993-1995), then the right under Chirac-Juppi (1995-1997), then the cohabitation of President Chirac and Prime Minister Leonel Jospin, the latter heading up the "plural left" governmen which included ministers from all the "leftwing" parties (1997-2002), then the rightwing government (2002-2005).

This so-called "alternance" in reality alternated nothing but the political labels of the parties in power. This explains the situation we find ourselves in today. It is due to twenty-two years of anti-working class policies to which the French people on May 29, 2005 said: enough! Twenty-two years is more than enough! This situation must come to and end!

All the class struggle mobilizations opposing the destructive European Union measures these last years are written into the May 29, 2005 vote.

Wasnt the May 29, 2005 vote prepared by the strikes and demonstrations that sent millions of workers to the streets in 2003 to defend the public pension system against regionalization, a movement that raised the specter of the "general strike"?

Doesn't this May 29, 2005 vote contain within it the mobilization of millions and millions against the 1995 Juppi plan? Doesn't it contain within it the demonstrations of high school students in defense of their national high school degree, the baccalauriat? Of the vintners against the disappearance of vast sectors of agriculture? The revolt of mayors and municipal councillors of the 36,000 local communes who refuse do accept the eclipse of municipal democracy?

Twenty-two years of uninterrupted class struggles, stymied, but then resurging on every occasion, all converged and forcefully expressed themselves on May 29, 2005 to say: twenty-two years, that's enough!

Yes, it is the survival of the rotten, decaying, corrupt regime founded upon the private ownership of the means of production which is under indictment here. The survival of the rotten and decaying system of private ownership of the means of production is dragging hamnity as a whole into the abyss. In all countries of Europe it breeds ruin and hardship. On all continents, it breeds war and the destruction of nations.

In this sense, the victory of the "non" in France is a clarion call for fightback and struggle of all peoples the world over.

To live, the people need democracy

This May 29, 2005 the people said: We want to live, we want a future for the youth. To live, the people need democracy. It is not we, but the people as a whole who say so.

This May 29, 2005 has acutely deepened the political and institutional crisis that is shaking our country.

Everywhere we are already hearing proposals about how to pull things back together. Everywhere there are candidates to become the supreme savior, as always, in order to betray the people's aspirations.

The Workers Party asks: Can the needs of the current situation be adressed without democracy?

The rejection of the European Constitutional Treaty contains the people's aspiration to defend and reconquer political democracy.

This is especially because this alleged Constitution was meant to confiscate the sovereignty of the nation and political democracy that it was rejected.

There can be no solution without democracy.

The Fifth Republic institutions are at the end of the rope. They are used, laminated, dislocated.

For a positive solution to be found to the major problems that are besieging our country, don't people need to participate in solving the crisis?

For political democracy to be restored, isn't it indispensable for a Sovereign Constitution Assembly to be called, one which disposes of all the means to rebuild political democracy?

Because it's up to the people to define the form that genuinely democratic institutions should take.

It's up to the people to define the political and social content of democracy.

It's up to the people to designate their delegates, their elected representatives to such a Sovereign Constituent Assembly, on the basis of an integrally proportional election, a single national list, one single district, delegates to be mandated for the adoption of emergency measures to put an end to current policies.

The leaders must answer these questions

The victory of the no vote means, and everyone knows this, that major issues have been raised on this May 29.

They call for responses that no one can ignore. They call for answers that leaders will have to provide.

Yes, an urgent answer must be given to the youth who asks: Why don't I have the right to a real job, to a decent wage? Why shouldn't I have the right to gain a real qualification and degree, recognized by labor legislation, collective bargaining agreements and employment status?

An answer must be given to the nurse who asks: Why don't I have the means to heal the ill? Why are hospital wards closing? Why are job positions eliminated?

An answer must be given to the vintner who says: Why do my barrels remain full? Why can I no longer sell my wine? Why is the destruction of my profession planned within the next three months at the next upcoming harvest?

An answer must be given to the worker who asks: How long will they continue to delocalize? How many jobs will be lost? Why shouldn't I have the right, like my elders, to save my job with its collective guarantees and live the decent life I aspire to?

An answer must be given to the teacher who asks: Why shouldn't I have the right to teach youth anywhere in France, in respect of its secular traditions in education? Why shouldn't all youth enjoy the same rights? Why shouldn't the handicapped have special education teachers, physical therapists and psychologists?

An answer must be given to the employee of the Social Security health care administration who asks: Why don't I still have the right to reimburse citizens receiving public health care? Why don't I still have the right to guarantee these workers rights, as the Social Security fund did at its outset in 1945?

An answer must be given to the pensioner who asks: I paid into my pension fund all my life, I have the right to a decent retirement and nothing justifies it being handed over for speculation to American pension funds.

An answer must be given to the unemployed, artists and actors who defend their special coverage fund; to farmers, to elected representatives, to all those whose rights are being violated, to all those whose rights have been destroyed and sacrificed on the mantel of Maastricht for the last twenty-two years, on the twenty-two-year mantel of the turn toward austerity.

Yes, the leaders must answer these questions.

*****

Workers, activists, youth

We must have no illusions

The immense victory won this May 29, 2005 in no way means that those who govern the country or those who present themselves as partisans of an alternative government intend to question the policies that have been waged up until now.

Worse still: Aren't they calling for them to be pursued, if not aggravated?

Do you know: In the days preceding the referendum, the government continued its headlong march forward to implement a series of measures aimed at imposing the counter-reforms rejected by the people.

On May 25, the Council of Ministers adopted the Borloo law, which generalizes deregulated, precarious work.

On May 25, the Statutes Commission of the High Council of the Civil Service decided to start dismantling the civil service employment status.

And already have been programmed for the days following the referendum a series of measures that were postponed until after the referendum, and which are still slated for implementation with no delay.

On July 1st, the Gaz de France natural gas utility is slated to be privatized.

In June, under the pretext of "negotiations" with employers' associations, the collective guarantees written into the metalworkers collective bargaining agreement are on the chopping block.

In June will be examined the destructive reform of the Labor Code which, in the name of simplification is actually targeting the gains won by the previous generations of workers and their organizations.

In June the famous "Juniors Pact" is set to be introduced to the civil service, allowing 20,000 apprentices a year to be "recruited" in conditions of abominable super-exploitation (paid a fraction of the minimum wage to replace the entry-level jobs of public administrative and manual workers). Can this be?

Can workers, activists, youth accept such a violation of democracy, that these measures rejected by the May 29 vote should be implemented nonetheless?

To the contrary, what is needed are emergency measures.

The emergency measures needed are the suspension of all the counter-reforms underway.

The emergency measures mean an immediate halt to all the processes of privatization engaged, of all the measures implementing the Douste-Blazy counter-reform of Social Security health care, of all the closures of school classes, of entire schools, of hospital beds and wards.

All these measures must be repealed. This is the obvious respect which democracy demands.

Shouldn't there be, on this basis, a government set up by a Sovereign Constituent Assembly that defines which measures, in which areas, democracy demands?

As for us, we call for the following:

- return to the Social Security health care regime of 1945;

- repeal of the Juppi and Douste-Blazy counter-reforms, in conformity with democracy;

- repeal of the closed-envelope hospital budgets;

- full and integral return to the SNCF (railways), EDF-GDF (electricity-gas) public utilities and reversal of all the privatized public services;

- return to the secular and national state-run school system, stop the school and class-room closures, return to national degrees and diplomas;

- return to employment status, collective bargaining agreements and Labor Codes.

*****

Workers, activists and youth,

You can only count on your own forces

All the successive governments have consistently undermined all the great conquests, the major social and democratic gains which, in our country, resulted from momentous revolutions.

The Republic and political democracy were born with the 1789-1793 Revolution. They resurfaced in full force in the great revolutionary movements of 1830, 1848 and 1871, during the Paris Commune.

Social Security, retirement systems, social legislation, collective bargaining agreements, employment status, Labor Codes, unemployment benefits, just like public, secular and compulsary eduction, nationalizations, all these gains were won through independent class struggle by powerful movements, by the 1936 general strike, by the confiscated 1944-1945 revolution.

It's through the independent class struggle that workers today, by capitalizing upon May 29, 2005, can and will be able to reconquer all which has been subverted.

Isn't it the independent class struggle what is on the agenda today, the struggle to bring a halt to measures of destruction, to impose the respect of the May 29, 2005 mandate, to impose the reconquest of all that has been destroyed? We think so. Don't you?

And to carry out this independent class struggle, it is indispensable to preserve the independence of trade unions.

Among the vanquised of May 29, 2005, among the top of the list, is the European Trade Union Confederation (ETUC), whose general secretary, John Monks, has gone to great lengths to support of the EU constitutional treaty.

The ETUC's defeat is a call to preserve the labor movements independence, a labor movement that can only play its role if it is independent of the state, of the government, of the employers, of the churches, but first and foremost of the European Union institutions.

The Workers Party contributed to the May 29, 2005 victory.

Alongside elected officials and personalities of all political persuasions who intend to defend local communes, the unity of the Republic, we formed the National Committee for the Victory of the No, with "leftwing" personalities from various political backgrounds.

Of all the political formations in France, the Workers Party was the first to call for the no vote. We did this as early as 2003, once the second draft "Constitution" was officially in the works, and then in April 2004.

In this way and in full independence, the Workers Party contributed to carrying out actions for building unity around the victory for the no vote.

Of course, we entirely reject the "recipes" proposed by organizations which called for the yes vote. But to those (and they are numerous) who called for the no vote, we ask the following question: Is it possible to improve the situation of working people without challenging the decaying system of private property, which aims to destroy all nations the world over? Need we recall Brussel's iron heel which is trampling upon peoples in all areas?

Shouldn't a clear and precise answer be provided to this question?

Shouldn't political democracy, in relation to all gains won by the working class, be restored in all countries?

Today, the Workers Partys independence is expressed in our refusal to situate ourselves within any kind of project of political alternance.

The political independence which is ours prohibits us from participating in any kind of combination of partisans of "yes" or of "no", in any combination of the two, in any combination through which, under the cover of alternance, the policies rejected on May 29 will be carried out.

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Workers, activists, youth:

Its through our own force that the people of our country will impose on all those who govern, all the "top leaders", all the "summits", their stinging defeat of May 29, 2005.

Workers, activists, youth: You can only count upon your own forces to move forward and, through the class struggle, carry out the mandate that the people confided in itself on May 29, 2005.

Workers, activists, youth: Do not accept any "alternance" which is meant to impose the continued implementation of the rejected policies.

Count only upon your own forces. It's in this way that, sooner or later, all the conquests of humanity threatened by the European "Constitution" will be regained.

-- Workers Party National Bureau

Paris, May 29, 2005 11:00 p.m