Notes sur les documents de la Tendance des Marxistes Révolutionnaires Iraniens

Submitted by martin on 19 April, 2014 - 7:41

Notes de l'AWL sur les documents IRMT
Réponse IRMT
Réponse AWL


Notes sur les documents de la Tendance des Marxistes Révolutionnaires Iraniens

Workers Liberty a récemment entamé des discussions avec la Tendance des Marxistes Révolutionnaires Iraniens. La TMRI est une continuation du groupe trotskyste iranien "Socialisme et Révolution" , avec lequel notre tendance a eu des liens dans les années 1980. Nous avons perdu le contact avec la TMRI après que le groupe d'exilés se soit dispersé et que les camarades de la TMRI aient tournés leurs énergies vers l'Iran, en revenant en Iran même ou dans des pays voisins, mais nous avons récemment rétabli les liens.

L'islam politique

Nous de Workers Liberty avons beaucoup appris de la critique faite par la TMRI et ses prédécesseurs de l'islam politique en général et du régime iranien en particulier.

Nous sommes d'accord avec votre commentaire dans le document de la TMRI, "La domination impérialiste moderne et le fondamentalisme islamique", que l'équivalent historique proche de la Pasdaran sont les milices fascistes des années 1930. Nous sommes d'accord avec la condamnation claire du régime islamique dans le document de Socialisme et Révolution en 1983 "Révolution et contre-révolution en Iran": "Le niveau actuel des droits démocratiques réellement pratiqués ou reconnus par l'État est seulement comparable à ce qui existait avant les débuts du 20ème siècle ... Le seul "droit" reconnu par les dirigeants religieux est celui de la soumission complète au règne de l'arbitraire des mollahs. La forme répressive de l'État "républicain" est telle que désormais les nouvelles factions bourgeoises dominantes peuvent intervenir même dans la vie privée des citoyens. Ce que les masses sont autorisées à croire, porter, manger ou boire sont tous décidés par l'État ... l'État islamique est beaucoup plus répressif que la dictature capitaliste ordinaire ... Dans les dernières deux années seulement, le régime islamique a exécuté 50 fois plus de socialistes que le régime du Shah en a fait durant ses 30 ans de règne".

Vous soulignez également que la base populaire du mouvement Khomeiny était socialement semblable à celle du fascisme: «recrutés parmi les immenses couches des populations urbaines pauvres (les paysans immigrés sans emploi) et la petite bourgeoisie paupérisée".

Les politiques du "Troisième Camp" dans les affrontements prédateurs entre les puissances impérialistes mondiales et les puissances impérialistes régionales

Nous sommes d'accord que de prendre les commentaires de Trotsky dans les années 1930 sur l'Italie et l'Éthiopie, ou la Grande-Bretagne et le Brésil, sortis de leur contexte et de les appliquer mécaniquement aujourd'hui, pour justifier de prendre le parti de l'Iran lors d'un affrontement entre les États-Unis et l'Iran, est une méthode fausse. Là, le contexte était un monde dans lequel la plupart des territoires étaient des colonies ou semi-colonies des puissances européennes, et où la question de l'autodétermination des peuples soumis ou susceptibles d'être soumis à la domination coloniale ou semi-coloniale a surgi automatiquement dans presque n'importe quel affrontement entre une grande puissance et un pays pauvre.

Le changement fondamental aujourd'hui est simple. "Quand nous comparons la situation internationale générale vis-vis de la question nationale et coloniale au début du XXe siècle avec les conditions d'aujourd'hui, il y a une différence fondamentale: le Komintern avait affaire avec des pays dépendants, par opposition à des nations indépendantes". Les pays pauvres souffrent encore de désavantages économiques, mais ce n'est pas le même chose que l'indépendance politique, et ça peut être corrigé seulement que par une action globale de la classe ouvrière pour détruire la domination des mécanismes du marché capitaliste, non par quelque autre mesure difficile à atteindre de l'indépendance nationale (politique).

Aujourd'hui, l'Iran a une classe ouvrière développée. Il a non seulement l'indépendance politique: il a ses propres politiques de dominations régionales-impérialistes (sur les nations minoritaires sous l'État iranien) et ambitions.

Vous commentez que "de nombreux travailleurs en Occident sont repoussés par ce que ces régimes [l'Irak de Saddam, l'Iran islamique, etc] font pour leurs propres travailleurs, les femmes, les étudiants et ainsi de suite - et ils n'ont pas la théorie pour excuser ces atrocités ". De dire à ces travailleurs que "la théorie" exige qu'ils considèrent néanmoins ces régimes comme étant en quelque sorte progressistes en cas de conflit avec les États qui concèdent des droits beaucoup plus étendus aux travailleurs ne les fait pas "rompre avec l'impérialisme", mais les convainc plutôt que ce qui est appelé le marxisme n'a pas de sens.

Nous sommes d'accord que: "Dans des endroits comme l'Irak ou l'Iran, par conséquent, la classe ouvrière devrait mener les masses en formant un troisième camp indépendant - ni avec sa 'propre' bourgeoisie dans la défense d'un intérêt national, ni avec l'impérialisme". Le terme "impérialisme" signifie ici probablement "les États-Unis et leurs alliés", et il serait préférable de le mettre de cette façon. Le monde inclut les autres puissances impérialistes ou régionales-impérialistes qui peuvent entrer en conflit avec les États-Unis.

Nous croyons que dans la guerre du Koweït de 1990-1991, la position des précurseurs de la TMRI -« Nous n'avons pas soutenu le régime baasiste contre l'impérialisme américain. Nous avons soutenu les masses irakiennes à la fois contre l'impérialisme et ses larbins locaux" - était correcte. C'était plus correct que notre position à l'époque, qui contenait des demi-pensées sur le fait de prendre position pour l'Irak (tout en s'opposant au régime de Saddam) quand les troupes américaines ont pénétré en territoire irakien. Pour décrire le régime de Saddam comme «le larbin local» de l'impérialisme semble déplacé ici - le régime a agi dans son propre intérêt régional-impérialiste en essayant de saisir le Koweït, et non comme un agent pour une autre puissance - mais l'essentiel de la position est correct.

Israël-Palestine et les revendications démocratiques

La TMRI a publié un document "Le sionisme déclare la guerre totale contre Gaza" (6 avril 2012, identifié comme ayant été d'abord publié en janvier 2009)

Le point de vue de Workers Liberty, en bref, est que dans une situation de conflit national l'unité de la classe ouvrière, la démocratie, et l'avancée vers le socialisme ne peuvent être réalisés que par la reconnaissance du droit de tous les peuples à l'autodétermination.

La nation juive israélienne et la nation arabe palestinienne sont en conflit. Les socialistes doivent défendre le droit à l'autodétermination pour les deux nations. En d'autres termes, deux nations, deux États.

Ce n'est que lorsque les travailleurs sont armés de ce programme démocratique que le progrès vers une fédération socialiste dans la région sera possible.

Dans la pratique, cette position signifie, surtout, de faire campagne pour le retrait israélien de la Cisjordanie et pour qu'Israël ouvre la voie à un État palestinien véritablement indépendant aux côtés d'Israël.

Elle implique également l'opposition à la conquête par la force et la supression d'Israël par les pays arabes. Etant donné que dans ce conflit - contrairement à presque n'importe quel autre conflit national - il y a une grande partie de l'opinion dans la gauche qui soit favorable à la suppression forcée de l'une des nations en conflit (la nation juive israélienne), c'est-à-dire la suppression forcée de son autodétermination nationale, il est nécessaire d'être explicite à ce sujet.

Nous sommes heureux de voir que le document de la TMRI rejette fermement tout soutien pour le Hamas. C'est un point important d'accord.

Toutefois, sa proposition positive nous semble dissoudre les enjeux démocratiques immédiats dans un slogan «maximaliste».

"La seule voie à suivre pour tous les travailleurs et les masses exploitées et opprimées de la région, qu'ils soient arabes, juifs, kurdes, turcs ou d'autres nationalités, est de mener une lutte commune contre les frontières imposées et artificielles de l'impérialisme qui les ont séparés et affaiblis. L'élimination de ces frontières est liée à la chute des laquais de l'impérialisme, qu'ils soient des cheikhs, des rois ou des 'présidents héréditaires'. L'écrasement du joug impérialiste qui pèse sur la région et le renversement du capitalisme font partie du même combat. La 'feuille de route' pour la paix véritable et la libération des travailleurs et des masses exploitées commence par la création d'une fédération d'États ouvriers dans la région".

Mais la classe ouvrière dans la région doit d'abord s'organiser indépendamment et se doter d'un programme socialiste et démocratique. Ce "départ" doit venir avant que la lutte pour la fédération des États ouvriers ne puisse commencer.

Nous serions prudent à propos d'essayer de juger des slogans précis pour une utilisation en Iran, par exemple, de la lointaine Grande-Bretagne. Toutefois, nous sommes d'accord avec l'idée générale derrière l'article de la TMRI "Appel à l'Assemblée constituante en Iran" que le programme des socialistes révolutionnaires doit inclure des exigences démocratiques ainsi que des revendications socialistes révolutionnaires directes. La même nécessité pour les revendications démocratiques est valable pour la région du Moyen-Orient.

Le programme de la classe ouvrière dans la région du Moyen-Orient - comme le programme des Bolcheviks pour la classe ouvrière dans l'ancien Empire tsariste - doit inclure comme point principal le droit de toutes les différentes nations à l'autodétermination. Une fédération socialiste et démocratique ne peut être une fédération socialiste et démocratique que si elle reconnaît le droit de chaque nation de faire sécession de la fédération si elle le souhaite.

En outre, les nations opprimées de la région - principalement les Palestiniens et les Kurdes - ne doivent pas et ne devraient pas attendre que les conditions soient réunies pour le règne des travailleurs à travers toute la région afin de demander la réparation démocratique. Ils peuvent et doivent être soutenus dans leur lutte démocratique pour l'autodétermination maintenant, bien avant que ces conditions soient réunies. Bien que les circonstances soient actuellement défavorables, il n'est pas du tout inconcevable qu'ils puissent gagner l'autodétermination, même sous le capitalisme.

D'appeler à la suppression de toutes les frontières, et ensuite pour une fédération dans la région, est contradictoire. Une fédération, plutôt qu'un seul État unifié, implique des frontières intérieures.

Nous ne savons pas si l'appel de l'article pour la suppression des frontières existantes implique un appel à la création de nouvelles frontières. Si c'est le cas, il faut le dire, et qu'elles sont les nouvelles qu'il propose. Autrement, l'appel dit à chaque nation dans la région: nous, les socialistes, pourrions bien vouloir transgresser vos droits nationaux en imposant des modifications de frontières contre la volonté des populations concernées.

Il y a des cas précis où les frontières existantes doivent être modifiées. Par exemple, le peuple kurde, actuellement divisé entre l'Iran, l'Irak, la Syrie et la Turquie, devrait avoir le droit de redessiner les frontières pour réaliser un État qui lui soit propre.

D'autres modifications de détail pourraient être discutées, selon le principe décrit par Lénine: "des divisions fondées sur les exigences de la vie économique actuelle et conformément, autant que possible, avec la composition nationale de la population".

En Israël / Palestine, la revendication démocratique est plutôt pour le respect des frontières existantes, comme indiqué par le droit international: à savoir Israël doit se retirer à l'intérieur des frontières de 1967, et laisser les Palestiniens établir l'État indépendant qui leur a été également promis par le droit international.

Quels sont les autres changements de frontières que les camarades proposent?

Beaucoup de frontières ont été tracées de façon arbitraire. Cependant, les unités de population et de territoire délimitées de cette manière peuvent prendre un caractère "national" véritable au fil des décennies. Il n'y a, après tout, rien de "naturel" dans les démarcations nationales où que ce soit. Il n'y a rien de "naturel" dans la frontière entre l'Allemagne et la Pologne, mais nous nous opposons aux revanchards qui voudraient la redessiner. Et les neuf dernières années environ ont démontré, par exemple, que l'Irak arabe a une véritable identité nationale irakienne.

Même s'il dénonce le Hamas, l'article lui donne aussi un crédit immérité.

"Le Hamas est né de la nécessité inévitable du peuple palestinien de résister à l'occupation sioniste et la négation des droits nationaux et humains fondamentaux après le Fatah lui-même ait capitulé face aux besoins de l'impérialisme dans la région".

En fait, le Hamas est né d'une volonté par les Frères musulmans de se développer chez les Palestiniens. Au début, il a grandi principalement à travers des campagnes d'imposer "l'habillement modeste" aux femmes palestiniennes et ainsi de suite, et était passif sur la question nationale, si bien que les autorités israéliennes l'ont secrètement encouragé comme une alternative préférable aux nationalistes laïques.

Comme la force et le prestige de l'islam politique ont augmenté dans la région, et donc ainsi la force du Hamas et son hardiesse pour l'avancement de son programme pour un État islamique en Palestine, en supprimant les Juifs et les Arabes chrétiens.

Le Hamas a bien sûr été aidé à croître par le corruption notoire du Fatah dans son administration de l'Autorité palestinienne, et son échec à obtenir des concessions d'Israël.

Mais qu'est-ce que l'article signifie en disant que "le Fatah lui-même ait capitulé face aux besoins de l'impérialisme dans la région"? Les islamistes et les Arabes chauvins estiment que le Fatah "a capitulé" explicitement, en 1988, en abandonnant la demande pour la suppression d'Israël et pour soutenir une solution "à deux États".

Mais ce geste - provoqué par le militantisme et la confiance de la première Intifada, et non par la démoralisation et la défaite - est un pas en avant, d'un programme d'une impasse revancharde à un programme démocratique réalisable.

Un point plus loin dans l'article il y a une source de préoccupation. Il se réfère systématiquement à l'État d'Israël comme "l'État sioniste" ou "les sionistes" ou simplement "le sionisme", et "le sionisme et l'impérialisme", comme s'il s'agissait de jumeaux siamois.

Historiquement, le sionisme était le terme générique pour les idéologies et les projets politiques qui ont proposé la création d'un foyer national pour le peuple juif dispersé.

Les marxistes révolutionnaires se sont opposés au sionisme (même aux courants de gauche et soi-disant marxistes du sionisme, qui ont existés) parce qu'ils pensaient qu'il était utopique et au nom de l'appel aux travailleurs juifs à se joindre à la lutte de classe dans les pays où ils vivaient déjà. Il s'agissait d'une différence de stratégies au sein d'un cadre commun présumé de la lutte contre l'antisémitisme. L'URSS révolutionnaire avait entrepris de créer une république juive à l'intérieur de ses frontières. Bien que ce fut finalement réalisée comme une caricature, sous Staline, Trotsky avait avec raison clairement indiqué qu'il appuyait le principe. Trotsky dans ses dernières années, a déclaré: "Au cours de ma jeunesse, j'ai plutôt penché vers le pronostic que les Juifs de différents pays se seraient assimilés et que la question juive serait donc disparue d'une manière quasi-automatique. Le développement historique du dernier quart de siècle n'a pas confirmé ce point de vue". Une fédération socialiste mondiale créerait une patrie juive: "Les mêmes méthodes de résolution de la question juive qui sous le capitalisme en décomposition auraient un caractère utopique et réactionnaire (le sionisme) prendront, sous le régime d'une fédération socialiste, un sens véritable et salutaire".

En fait, ce que Trotsky pensait impossible est arrivé après la Seconde Guerre mondiale: un État juif a été créé (à un grand prix pour les Palestiniens). L'État juif n'est plus un projet, mais maintenant un fait établi de longue date. Qu'est-ce que le sionisme signifie maintenant?

Ce n'est pas clair. Parfois, la simple demande que l'autodétermination soit reconnue aux Juifs israéliens, c'est-à-dire de continuer leur État national, est condamnée comme "sioniste" (bien que de soutenir cette demande n'implique en aucune manière de soutenir les mauvais traitements des Palestiniens par Israël, ou n'importe quelle version de l'idéologie sioniste). Supposons que par "sioniste", l'article signifie "chauvin israélien" ou quelque chose de semblable.

Pourquoi alors utiliser le terme comme l'article le fait? Plus ou moins chaque État national et gouvernement est chauvin dans la poursuite de ses intérêts nationaux, et Israël ne fait pas exception. Pourquoi écrire "les sionistes" à la place d'"Israël", avec une apparente volonté de le faire pour ajouter du poids et du venin à la dénonciation des méfaits du gouvernement israélien?

L'utilisation du terme "sionisme" comme désignant une force mondiale générique du mal, qui s'apparente à et est aussi mauvais et aussi puissant que "l'impérialisme", a été historiquement un objet de la campagne antisémite des staliniens "contre le sionisme", en particulier à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Les marxistes révolutionnaires ne devraient pas reprendre ça.

Les États staliniens

Nous sommes d'accord avec le point de vue exposé dans le document de la TMRI en 1993 "La crise du capitalisme mondial et les tâches de la gauche", quand il dénonce les soi-disant socialistes révolutionnaires qui ont vu l'effondrement des États staliniens comme un revers dévastateur. "Alors que dans la situation actuelle les tâches des révolutionnaires n'ont pas diminué, mais ont en réalité augmenté. Les barrières qui empêchaient l'intervention dans le mouvement ouvrier jusqu'à maintenant ont disparu avec l'effondrement de l'Union soviétique". Peut-être qu'il aurait été préférable d'écrire: "certains obstacles ont disparu", mais l'idée de base est bonne. L'effondrement des bureaucraties staliniennes, même quand elles ont été remplacées par un capitalisme faiblement bourgeois-démocratique, comme ce fût le cas, était un effondrement de classes dominantes réactionnaires et puissantes et de l'emprise néfaste qu'elles ont eu sur le mouvement ouvrier à travers le monde.

Nous sommes d'accord avec la critique implicite dans le document de groupes comme la LCR française qui a déclaré après 1991 qu'il s'agissait d'une "nouvelle ère" nécessitant un "nouveau programme" et un "nouveau parti". Le passage que vous citez de Trotsky est juste: "La véritable avant-garde, enrichie par l'expérience de la défaite, défend avec bec et ongles l'héritage de la pensée révolutionnaire et sur cette base, tente d'éduquer de nouveaux cadres pour la lutte de masse à venir. D'un autre côté, les routiniers, les centristes et les dilettantes, effrayés par la défaite, font de leur mieux pour détruire l'autorité de la tradition révolutionnaire et revenir en arrière dans leur recherche d'un 'nouveau mot'.

Ce n'est pas tout à fait correct de dire, comme le fait le document de 1993, que "Sans aucun doute l'effondrement de l'Union soviétique et des États d'Europe orientale a changé le rapport de forces international en faveur de l'impérialisme - en particulier les États-Unis". L'effondrement a changé l'équilibre des forces en faveur des États-Unis pendant toute une période jusqu'à ce qu'il ait outrepassé ses forces en Irak. Mais ce n'est pas la même chose que "en faveur de l'impérialisme". Il a changé l'équilibre des forces contre l'impérialisme russe et en faveur de l'impérialisme américain. Les socialistes révolutionnaires n'ont aucune raison de pleurer l'ancien monde "bipolaire", et aucune raison de supposer que la nouvelle hégémonie américaine n'aurait pas développé rapidement ses propres contradictions.

Il aurait été mieux dans le document de 1993 d'être plus prudents quant à la crise capitaliste. En fait, les principales puissances capitalistes se sont remis de la récession du début des années 1990, et il y avait une période d'expansion importante du capitalisme, en particulier en Chine et en Asie de l'Est, bien que ponctuée par des crises comme la "crise asiatique" de 1997-98 et "l'éclatement de la bulle des .com" en 2001. Mais les marxistes révolutionnaires ne pleurent pas l'expansion du capitalisme: nous savons que cela signifie également l'expansion de la classe ouvrière et l'expansion des contradictions du capitalisme (que nous voyons venir à un sommet depuis 2007).

Sur les États staliniens, les camarades de la TMRI ont dit qu'ils s'en tiennent encore aux points de vues défendus par le groupe "Socialisme et Révolution" en 1980, exposés par exemple dans un débat avec l'AWL et d'autres groupes en 1989, qui a été reproduit dans Workers Liberty 12 - 13.

Là, le camarades de S & R a dit: «Il y avait un État ouvrier [en URSS], mais il a dégénéré de sorte qu'il n'est plus un État ouvrier. Le capitalisme à part entière n'est pas revenu ... Est-ce que la bureaucratie est devenue une classe dirigeante? Je ne pense pas ... Nous ne devrions pas être trop pressé d'abandonner le cadre de Trotsky, en raison d'une question fondamentale dans cette approche qui était que le capitalisme n'est pas encore revenu ... "

Nous étions et nous sommes toujours d'acccord que l'URSS stalinienne n'était pas un État ouvrier. Nous saluons également votre commentaire dans le document de la TMRI en 1993 "La crise du capitalisme mondial et les tâches de la gauche" en critiquant ces "tendances qui ont qualifié le régime sandiniste au Nicaragua d'État ouvrier". Ceci indique également que vous rejetez l'attitude des gauchistes qui tout en admettant que peut-être l'indigeste URSS stalinienne n'était en aucune façon un État ouvrier, dépeignent néanmoins en tant qu'"État ouvrier" les régimes bureaucratiques et monopolistes d'État plus frais et populaires comme Cuba. (La théorie selon laquelle le Nicaragua sandiniste était un "État ouvrier" a été fondée sur le fait que son régime évoluait vers le modèle de Cuba).

Mais il y a une implication évidente dans le point de vue mis en avant en 1989 que l'URSS stalinienne n'était pas aussi bon qu'un État ouvrier, mais pas aussi mauvais que le capitalisme. La bureaucratie était mauvaise, mais n'avait pas encore assez de poids ou de cohérence pour être une classe dirigeante.

À notre avis, l'idée que des systèmes relativement stables et auto-reproducteurs comme les États staliniens, avec des groupes dirigeants assez stables et auto-reproducteurs, pourraient se prolonger et s'étendre pendant des décennies sans que ces groupes dirigeants soients des classes dirigeantes fait de la théorie marxiste un non-sens.

Dans tous les cas, cependant, l'implication que les Etats staliniens étaient en quelque sorte «dans un entre-deux» entre les États ouvriers et les États capitalistes leur donne un faux crédit. Ces sociétés n'avaient pas un élément résiduel du progrès historique, pas suffisant pour en faire des États ouvriers, et pourtant suffisant pour les empêcher d'être appelés capitalistes. Dans l'espace et la liberté qu'ils accordaient à la classe ouvrière, dans leurs normes générales de la culture et de la civilisation, et même, dans l'ensemble, dans leur développement de la productivité du travail humain, ils étaient en arrière, pas même en avant d'une manière rudimentaire, des États capitalistes conventionnels.

La question a été mise à l'épreuve quelques mois après le débat de l'été 1989, avec l'effondrement rapide des États staliniens en Europe de l'Est, suivi deux ans plus tard par l'effondrement de l'URSS. C'était des révolutions démocratiques bourgeoises, suivies de l'installation du capitalisme conventionnel. Bien sûr, nous avons plaidé pour que les mobilisations ouvrières qui ont pris place dans ces révolutions accèdent à l'indépendance politique et se dressent contre le capitalisme et pour des gouvernements ouvriers; nous avons fait des liens avec et offert notre solidarité aux groupes dans ces sociétés qui prônaient ces objectifs socialistes, nous dénoncé la grande souffrance causée par le "traitement de choc" des privatisations et de la marchandisation des économies ex-staliniennes.

Nous avons appuyé les révolutions - les changements démocratiques étaient des gains, et le changement de régime économique n'était pas une régression. Quelles que soient leurs théories, presque tous les soi-disant trotskystes ont également soutenu les révolutions. Logiquement, cependant, pourquoi appuyer ces renversements si ce qu'ils sont en train de faire achève la régression encore incomplète de l'État ouvrier au capitalisme? Logiquement, cela n'avait aucun sens. Logiquement, les renversements de 1989-1991 obligeaient ceux qui pensaient que les systèmes staliniens étaient toujours d'une certaine façon rudimentaire post-capitalistes à réviser leurs points de vue.

Le document de 2011 "Quelques notes sur le concept de socialisme", décrit la Yougoslavie, la Chine, Cuba et d'autres systèmes qui ont été essentiellement calqués sur l'URSS stalinienne (mais avec des différences locales) comme "des sociétés en transition", vraisemblablement dans la transition du capitalisme au socialisme. "Ce que nous avons connu jusqu'à présent - de l'URSS à la Yougoslavie en passant par la Chine et Cuba au 20ème siècle - sont des sociétés en transition dans des conditions de sous-développement socio-économique (avec un degré insuffisant de développement des forces productives), qui montrent par conséquent, de diverses manières, des formes sévères ou extrêmes de déformation bureaucratique et de dégénérescence ... " Nous ne sommes pas d'accord avec ça.

Comme le groupe turc Marksist Tutum (voir le lien en bas) a fait valoir dans ses documents, une transition du capitalisme au socialisme ne peut être dirigée que par la classe ouvrière au pouvoir. La classe ouvrière n'a jamais été au pouvoir dans la Yougoslavie de Tito, la Chine de Mao, ou le Cuba de Castro. Elle a été privé de toute possibilité d'indépendance, d'auto-organisation et d'une vie intellectuelle indépendante par une classe dirigeante bureaucratique (même si cette classe dirigeante bureaucratique avait à certains moments un soutien populaire assez large, à Cuba et en Yougoslavie et parmi les paysans chinois sinon les travailleurs).

Ce même document de 2011 parle "d'un pays sous-développé, qui a réalisé sa révolution socialiste (comme la Chine)". En Chine, en 1949, le pouvoir a été pris par une machine militaro-bureaucratique basée sur une armée de paysans qui a conquis les villes, puis poursuivi et intensifié la répression policière de la classe ouvrière. Ce n'est pas une révolution socialiste. Seule l'auto-émancipation de la classe ouvrière peut faire une révolution socialiste.

L'analyse des systèmes staliniens est importante pour l'évaluation de Cuba et de la Corée du Nord aujourd'hui, et aussi importante pour la compréhension de la forme entière du 20ème siècle. Le marxisme n'est pas seulement un ensemble de positions politiques actuelles, mais un aperçu de l'histoire et de savoir où et comment notre activité s'inscrit à l'intérieur d'elle. La compréhension de la forme du 20e siècle ne devient pas plus sans importance parce que nous avons passé l'an 2000, que la compréhension de la succession des modes de production dans l'histoire devient non pertinente parce que nous vivons maintenant sous le capitalisme.



Une réponse aux notes de l'AWL sur les documents de la TMRI

Tout d'abord, nous accueillons favorablement l'approche sérieuse des camarades de l'AWL de composer avec les différences politiques en écrivant une critique des documents de la TMRI.

Malheureusement, parce que nous sommes obligés de jouer un "jeu du chat et de la souris" avec le régime iranien (où malheureusement nous sommes - pour l'instant en tout cas (!) - la souris), nos sites sont souvent bloqués par le régime et nous sommes obligés de déménager les sites. Cela signifie que certains documents ne sont pas réédités, ou ne sont pas faciles à trouver, sur la nouvelle version du site. En conséquence, ce ne sont pas tous nos documents qui peuvent être consultés sur le site.

Ceci rend difficile pour les camarades de trouver des documents importants. Il semble, d'après le commentaire sur notre position vis-à-vis de l'URSS, que les camarades de l'AWL ne sont pas familiers avec notre principal document sur ce sujet: Le "coup d'État", le concept de socialisme et la nature de classe de l'Union soviétique (http://marxist.cloudaccess.net/pam/139-the-coup-the-concept-ofsocialism- and-the-class-nature-of-thesoviet-union.html). Il a été publié en novembre 1991 et a été largement diffusé à l'époque.

Peut-être que certains des malentendus auraient pu être évités si les camarades de l'AWL nous avaient demandé des documents sur des sujets spécifiques avant de se lancer dans la rédaction de leur critique.

Deuxièmement, les camarades de l'AWL se réfèrent à la TMRI comme "une continuation du groupe trotskyste iranien Socialisme et Révolution". Ceci est incorrect. Nous sommes la seule continuation de Socialisme et Révolution. Pour être plus précis, nous sommes le seul successeur de Socialisme et Révolution.

Il n'y a jamais eu aucune autre organisation - ou même une publication - qui a continué avec la ligne politique de Socialisme et Révolution. Aucune autre "continuation" n'a eu lieu, pas même en exil, où les conditions sont beaucoup plus faciles qu'en Iran. Quant à l'Iran, où les travailleurs ont entendu parler du bolchevisme-léninisme, du trotskisme et des positions de l'ancien groupe Socialisme et Révolution, c'est uniquement grâce au travail constant et patient de ce qui est maintenant la TMRI (précédemment IRSL et WSN).

Troisièmement, même si nous avons tourné nos énergies "vers l'Iran", nous avons toujours maintenu une présence continue et très active en Europe - en particulier à Londres.

Quatrièmement, il aurait été plus constructif que nous ayons vu ces notes avant qu'elles ne deviennent publiques sur votre site web. Cela aurait permis de dissiper certains malentendus inutiles.

Maintenant, nous allons examiner brièvement la critique des camarades.

L'islam politique

Nous sommes reconnaissants envers les camarades de Workers Liberty de reconnaître qu'ils ont beaucoup appris de la critique faite par lea TMRI et de ses prédécesseurs de l'islam politique en général et du régime iranien en particulier.

Il est très rare pour toute organisation, même les léninistes et les trotskystes les plus fidèles qui sont censés accepter l'autocritique comme un principe important, d'admettre qu'ils se sont trompés ou qu'ils ont appris quelque chose d'une autre organisation.

La question de "l'islam politique" est devenue beaucoup plus répandue et différenciée depuis nos critiques initiales à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Une grande variété de mouvements, de partis, d'organisations caritatives et ainsi de suite, et, bien sûr, de nombreux gouvernements, sont en quelque sorte des adeptes de "l'islam politique". Beaucoup d'entre eux ont des intérêts concurrents et contradictoires et certains sont même passés près d'une guerre (par exemple, le régime iranien et les talibans en 1998).

Le système velayat-e-faghih en Iran est d'un intérêt central pour nous, car c'est l'unique forme que la dictature capitaliste a pris en Iran au cours des 34 dernières années, et même s'il a connu de nombreux changements, il conserve ses principales caractéristiques. Ce sont les caractéristiques qui continuent à entraîner des conflits au sein du régime (qui ont atteint leur apogée au cours des derniers mois).

Nous nous intéressons plus spécialement à cette forme particulière de «l'islam politique» parce que la forme unique de l'État bourgeois en Iran influence la façon dont nous aurons besoin pour construire le parti ouvrier révolutionnaire, un parti qui doit être capable de le briser à travers une insurrection armée et une grève générale.

Nous n'avons donc pas seulement avons un intérêt "théorique" dans la compréhension de cette forme de l'État, mais par-dessus tout, c'est une question d'ordre pratique et organisationnel pour nous.

Les politiques du "Troisième Camp" dans les affrontements prédateurs entre puissances impérialistes mondiales et puissances impérialistes régionales

Encore une fois, nous sommes reconnaissants envers les camarades de reconnaître qu'ils ont beaucoup appris de la critique faite par les Carnets Socialistes Ouvriers (un prédécesseur de la TMRI) et de sa position sur la guerre du Koweït de 1990-91, quand «nous n'avons pas soutenu pas le régime baasiste contre l'impérialisme américain. Nous avons soutenu les masses irakiennes contre l'impérialisme et ses larbins locaux ». Quant à quel point Saddam (ou Noriega, Kadhafi et une foule d'autres dictateurs qui ont été «utiles» pour un certain temps) était un larbin, nous pourrons en débattre plus tard.

Oui, quand nous disons simplement "l'impérialisme", c'est généralement un raccourci pour "les États-Unis et leurs alliés". Nous sommes pleinement conscients des affrontements entre les autres puissances impérialistes ou régionales avec les États-Unis et nous avons à plusieurs reprises argumenté à propos de la façon dont l'effondrement de l'URSS a conduit à la résurgence des rivalités inter-impérialistes qui avaient été supprimées pendant la guerre froide. Il devrait se produire plus d'affrontements inter-impérialistes à l'avenir.

Israël-Palestine et les revendications démocratiques

Le document de la TMRI "Le sionisme déclare la guerre totale contre Gaza" (janvier 2009) a été écrit comme commentaire sur une guerre brutale et publié immédiatement après qu'elle se soit terminée. C'est notre éditorial sur la guerre de Gaza et, en plus du conflit, il aborde brièvement un certain nombre de questions, y compris la faillite du nationalisme arabe.

Comme la position de l'AWL est très différente de la position de la TMRI, quelque chose que nous avons connu depuis nos premiers contacts avec Socialist Organizer dans les années 1980, nous allons écrire une critique complète de la position des camarades de l'AWL, tel qu'elle est exprimée dans la brochure Two Nations, Two States (deux nations, deux États).

Ici, nous aborderons brièvement quelques points: (1) La position des camarades, même si elle a de bonnes intentions, ne traite pas de la question concrètement. C'est quelque chose que nous avons remarqué sur un certain nombre de questions, dont la Grèce. Ainsi, les camarades commencent avec la position générale correcte de "reconnaître le droit de tous les peuples à l'autodétermination", mais en assimilant cela ensuite avec "deux nations" nécessitant "deux États" comme solution au conflit.

(2) La position de l'AWL ne reconnaît pas pleinement qu'un peuple opprimé sans appareil d'État (plus particulièrement une armée équipée avec des armes de haute technologie) ne peut pas être mis sur le même pied qu'une nation qui opprime avec son État, son armée et ainsi de suite. Le peuple arabe palestinien n'a pas son propre État-nation.

Cette revendication démocratique est bloquée (à travers la puissance de l'armée israélienne, par le biais du soutien financier, militaire, diplomatique, technique et autres de l'impérialisme américain [qui s'étend également jusqu'aux organisations internationales comme l'ONU]) par la bourgeoisie de la nation juive israélienne qui contrôle son État-nation.

Nous devons donc chercher à organiser et mobiliser des forces qui peuvent briser ce blocage sur le chemin des Palestiniens pour réaliser cette revendication démocratique. Ces forces sont les masses palestiniennes ainsi que les travailleurs juifs israéliens. Qu'est-ce que cette alliance doit faire? Elle devra briser et renverser l'État capitaliste en Israël.

C'est pourquoi les travailleurs et toutes les masses exploitées et opprimée de la région ne peuvent même pas obtenir leurs droits démocratiques les plus élémentaires sans renverser le capitalisme en Israël - et préférablement dans quelques autres pays de la région.

Il n'y a pas de raccourci, pas de solution facile.

Certains camarades pensent que le socialisme est «maximaliste», ou que de dire que le nationalisme palestinien dans le contexte du capitalisme est voué à l'échec pourrait entraîner le désespoir parmi les masses palestiniennes. Ce type de raisonnement montre à quel point le fossé est large et profond entre nos positions.

(3) Face à la réalité de l'absence de nombreux droits démocratiques dans une grande partie du monde, nous avons vu que beaucoup de "trotskystes" ont dans la pratique fait marche arrière sur la révolution socialiste.

Ceci a eu lieu depuis un certain nombre d'années, mais sa manifestation la plus bruyante a été au cours des soi-disant "révolutions" du printemps arabe.

Ainsi, alors que ces groupes «trotskystes» déclarent officiellement qu'ils rejettent la révolution en deux étapes, ils ont ensuite, en faisant de la réalisation des revendications démocratiques avant la révolution ouvrière une grande affaire, ajouté une nouvelle phase dans leur position par la porte arrière. Au mieux, ils se retrouvent avec ce qu'on peut appeler une "révolution de la première étape-et-demi". Dans le monde d'aujourd'hui, cependant, vous avez soit une révolution socialiste (c'est-à-dire, la classe ouvrière arrivant au pouvoir exerçant sa dictature révolutionnaire à travers les soviets) ou vous avez une sorte de transfert bourgeois du pouvoir qui produit finalement une autre dictature capitaliste.

Soit la classe ouvrière doit prendre le pouvoir et commencer véritablement la résolution des revendications démocratiques de longue date, y compris la liberté de la presse, les droits fondamentaux des travailleurs, les droits nationaux et ainsi de suite, ou ces revendicatons longtemps refusées sont utilisés pour amener un autre groupe de capitalistes ou de bureaucrates au pouvoir.

Une révolution socialiste avec une combinaison de revendications démocratiques et socialistes (et peut-être certaines revendications qui sont devenues comme un hybride de revendications démocratiques traditionnelles et socialistes) est ce qui devrait être la perspective des marxistes révolutionnaires partout au Moyen-Orient.

Comme vous le savez, nous avons un désaccord au sein de nos rangs sur la pertinence d'une assemblée constituante dans l'Iran d'aujourd'hui (et dans des pays similaires). Nous écrirons des documents sur ce sujet et espérons que grâce à ce débat, nous allons non seulement réussir à clarifier de nombreux problèmes de longue date mais aussi contribuer à quelque chose d'utile à d'autres organisations et tendances.

Juste un dernier point: les camarades s'objectent à notre utilisation du terme "sionisme" dans "Le sionisme déclare la guerre totale contre Gaza".

Dans l'article, il y a 28 mentions des termes Israël / Israéliens et 15 mentions des termes sioniste (s) / sionisme. C'est presque un ratio de 2:1. Nous pensons que les camarades ont discuté de la question Palestine-Israël avec trop de groupes antisémites et sont peut-être devenus hypersensibles à l'utilisation des termes sionistes (s) / sionisme. Plus important encore, nous aurons à discuter de ce que le sionisme signifie dans le monde d'aujourd'hui.

Les États staliniens

Comme indiqué plus haut, notre position officielle de l'URSS a été déclarée dans le présent document: Le «coup d'État», le concept de socialisme et la nature de classe de l'Union soviétique. (http://marxist.cloudaccess.net/pam/139-the-coup-the-concept-ofsocialism- and-the-class-nature-of-thesoviet-union.html).

Notre analyse porte principalement sur l'URSS.

Ceci parce que: (1) Nous croyons en la prise de positions théoriques en vue de conclusions programmatiques et pratiques. Nous pensons également être aussi concret que possible - évidemment dans les limites imposées à nous. Nous n'avons pas de théorie englobante et générale des États staliniens. Nous espérons que la future internationale que nous construirons tous ensemble aura ça.

(2) En additions aux raisons que les marxistes à travers le monde attachent à leur position sur l'URSS, pour les marxistes iraniens il y a aussi une autre raison importante: "Dans ce siècle seulement, les quatre événements politiques les plus importants avaient tous des connexions russes profondes: la révolution constitutionnelle (1905-1911); la république soviétique de Gilan (1920), la situation révolutionnaire et le coup d'État en 1953; et la révolution de février 1979 et sa défaite. Les deux premiers ont bénéficié de la contribution positive des bolcheviks, et les deux derniers ont été les victimes de machinations du ministère des Affaires étrangères des staliniens et ses agents locaux du Parti Toudeh ". (Le "coup d'État" ..., note en bas de page n ° 1)

Quant à décider si l'URSS était "en arrière", "en avant" ou fonctionnant en parallèle avec le capitalisme, ou si elle n'était "pas aussi bonne que l'État ouvrier" ou "pas aussi mauvaise que le capitalisme", ce sont des mots plutôt vides de sens à moins qu'ils se situent à l'intérieur du contexte d'essayer de formuler nos conclusions programmatiques.

Le point principal est que les travailleurs avaient perdu le pouvoir d'État au milieu des années 1920 et ils ne pouvaient le retrouver qu'à travers une révolution ouvrière et en formant alors une dictature ouvrière. Cette dictature des travailleurs révolutionnaires pouvait arriver seulement en se débarrassant de la bureaucratie. Ce n'est qu'après que la transition vers le socialisme pouvait commencer.

Notre position officielle sur la Yougoslavie, la Chine, Cuba et ainsi de suite, c'est qu'ils n'étaient pas en transition vers le socialisme. S'ils étaient en "transition" d'une quelconque façon alors c'était vers la restauration capitaliste complète. Nous ne pensons pas qu'il y a eu une révolution socialiste en Chine.

Nous croyons aussi qu'une "analyse des systèmes staliniens est importante pour l'évaluation de Cuba et de la Corée du Nord aujourd'hui, et aussi importante pour la compréhension de la forme entière du 20e siècle»"et "un aperçu de l'histoire et de savoir où et comment notre activité s'inscrit à l'intérieur d'elle". Cependant, nous divergeons avec vous, car nous pensons que cela fait partie de l'énorme tâche du renouveau marxiste et dépasse de loin les capacités théoriques et pratiques d'une organisation individuelle.

M.S.

4 mars 2013



Réponse de l'AWL

Israël et la Palestine

Vous écrivez que: «Le peuple arabe n'a pas son État-nation.

"Cette revendication démocratique est bloquée (à travers la puissance de l'armée israélienne, par le biais du soutien financier, militaire, diplomatique, technique et autres de l'impérialisme américain [qui s'étend également jusqu'aux organisations internationales comme l'ONU]) par la bourgeoisie de la nation juive israélienne qui contrôle son État-nation.

"Nous devons donc chercher à organiser et mobiliser des forces qui peuvent briser ce blocage sur le chemin des Palestiniens pour réaliser cette revendication démocratique. Ces forces sont les masses palestiniennes ainsi que les travailleurs juifs israéliens. Qu'est-ce que cette alliance doit faire? Elle devra briser et renverser l'État capitaliste en Israël.".

Vous êtes d'accord que le "revendication démocratique" cruciale dans la situation est pour le peuple arabe palestinien d'avoir son propre État-nation, et que nous devrions nous tourner vers une alliance des "masses palestiniennes [et] des travailleurs juifs israéliens" pour gagner cette revendication.

Ainsi, l'AWL et vous-mêmes sont sur le même côté dans les principaux arguments au sein de la gauche à ce sujet - contre ceux qui prétendent que c'est impossible ou nuisible pour les Palestiniens d'avoir leur propre État-nation, et que la revendication nécessaire est la mise en place d'un État arabe sur l'ensemble du territoire qui est maintenant palestinien ou israélien, par voie de conquête arabe ou islamique.

Nous sommes d'accord sur la question centrale. Quels sont les désaccords?

Vous dites que "la reconnaissance du droit de tous les peuples à l'autodétermination" - ce qui, ici, signifie les droits des deux peuples Arabe palestinien et Juif israélien à l'autodétermination - est une "position générale correcte". Mais vous vous vous plaignez qu'il est erroné d'assimiler cà avec "deux nations nécessitant deux États" comme solution au conflit".

Nous ne comprenons pas la récrimination. Vous êtes d'accord qu'il y a deux nations impliquées. Vous écrivez à propos de la «nation juive israélienne», donc vous vous éloigner de ceux nombreux dans la gauche qui prétendent que les Juifs israéliens ne sont pas considérés comme une nation et ne peuvent donc pas avoir les droits d'une nation.

Si les deux nations ont tous deux le droit à l'autodétermination, c'est-à-dire de former leur propre État, s'ils le souhaitent, cela signifie ... deux États.

Nous souhaitons voir, dès que possible, une extinction des divisions nationales et des identités nationales. Une étape salutaire le long de cette route sera la fusion volontaire des nations voisines dans des États mixtes. Nous souhaitons ça partout dans le monde, non seulement en Israël-Palestine. Après plusieurs décennies de guerre, ouverte ou voilée, entre les deux nations là-bas, la fusion de ces nations devrait arriver plus tard que beaucoup d'autres fusions de pays voisins à travers le monde.

Pour cette génération, au moins, "deux États" est un synonyme concis pour "la reconnaissance du droit de tous les peuples à l'autodétermination» en Israël-Palestine.

De l'alliance entre "les masses palestiniennes [et] les travailleurs juifs israéliens", vous écrivez "qu'elle devra briser et renverser l'État capitaliste en Israël".

Nous voulons que l'État capitaliste en Israël comme ailleurs, soit brisé dès que possible.

Nous rejetons la vieille idée de faire des demandes démocratiques une "étape" séparée de politique, avec la lutte socialistesou spécifiquement de la classe ouvrière reportée à une "étape" ultérieure séparée. Mais ce rejet est très différent que de prétendre qu'aucune revendication démocratique ne puisse être gagnée sans l'écrasement de l'État capitaliste.

Dans sa polémique sur la question nationale, Lénine a rejeté à plusieurs reprises l'idée qu'il était impossible pour les nations opprimées de gagner l'autodétermination sans le renversement du capitalisme. Il a souligné la conquête de l'indépendance par la Norvège de la Suède pour montrer que ce n'était pas une impossibilité.

Depuis lors, plus de 100 nations ont remporté l'indépendance par rapport aux puissances qui en avaient fait des colonies ou semi-colonies, sans que l'État de la puissance autrefois dominante soit détruit.

Les Kurdes irakiens ont gagné une indépendance de facto, sans que l'État capitaliste irakien soit brisé.

Que les Palestiniens ne possèdent pas encore leur propre État montre que la lutte fait face à des difficultés exceptionnelles. C'est de même pour les luttes de certains autres peuples: les Kurdes dans la plupart des pays, les Tibétains, les Tchétchènes, les peuple du Sahara occidental, etc Ces luttes sont difficiles, il ne s'ensuit pas qu'elles soient impossibles sans la révolution socialiste.

Le niveau de la lutte nécessaire pour forcer l'État israélien à libérer son emprise sur les territoires palestiniens est inférieure à celle requise pour briser complètement cet État - comme, par exemple, le niveau de la lutte nécessaire pour forcer l'État français à la libération de l'Algérie était moindre que celle requise pour briser le capitalisme en France.

Dire aux travailleurs dans n'importe quel pays capitaliste qu'ils n'ont aucun espoir de gagner de meilleurs salaires, ou d'obtenir le droit démocratique de s'organiser, à moins qu'ils puissent d'abord détruire l'État capitaliste, nuirait à plutôt que d'aider à l'organisation et à l'affirmation de la classe ouvrière. De même, dire aux Palestiniens qu'ils ne peuvent gagner aucun redressement jusqu'à ce que les travailleurs juifs israéliens ne puissent renverser en premier le capitalisme nuirait, et non aiderait, à leur lutte. Il nuirait parce que c'est faux.

En tout cas, même si nous estimons que la demande ne sera pas gagnée sans la révolution socialiste, les marxistes cherchent encore à mobiliser les travailleurs autour de revendications spécifiques et partielles ainsi que dans l'appel général à la révolution socialiste. Comme vous le soulignez, vous soulevez la demande d'une assemblée constituante en Iran.

Vous parliez de notre objection à l'utilisation des termes "sionisme", "les sionistes" ou "sionisme et l'impérialisme" comme étant des synonymes pour "le gouvernement israélien". "Nous devrons discuter de ce que le sionisme signifie dans le monde d'aujourd'hui".

Précisément! Historiquement, le sionisme était un projet idéologique de construire une nation juive en Palestine et un État pour cette nation. La nation et l'État existent depuis plus de 60 ans. Ils ne sont plus une question d'un projet idéologique devant être approuvé ou désapprouvé. Le "sionisme" n'a plus de sens clair.

Le terme "sionisme" est souvent utilisé pour jeter l'idée vraie et démocratique que la nation juive israélienne actuelle a des droits dans le même sac que l'idéologie agressive du chauvinisme israélien. Beaucoup, probablement la plupart, des jeunes juifs israéliens qui refusent de servir dans l'armée israélienne en Cisjordanie, et sont emprisonnés pour cela, se considèrent comme "sionistes", parce que tout en s'opposant à l'occupation ils soutiennent le droit de leur nation d'avoir son propre État. Assimiler "les sionistes" avec le gouvernement israélien est faux.

Vous écrivez également que "la position de l'AWL ne reconnaît pas pleinement qu'un peuple opprimé sans appareil d'État (plus particulièrement une armée équipée avec des armes de haute technologie) ne peut pas être mis sur le même pied qu'une nation qui opprime avec son État, son armée et ainsi de suite".

Nous ne les mettons pas sur le même pied. Nos slogans de première ligne sont dirigés contre le gouvernement israélien: retirez-vous de la Cisjordanie, concédez les droits des Palestiniens! Nous avons souvent manifesté devant l'ambassade d'Israël, nous avons eu des porte-paroles de l'OLP sur nos tribunes.

Pourquoi nous mentionnons les droits des juifs israéliens après tout? Dans d'autres conflits nationaux, personne ne demande que la nation qui opprime doit être supprimée ou envahie. Les nationalistes algériens n'ont jamais exigé que la France soit rayée de la carte. Les nationalistes kurdes ne remettent pas en cause les droits nationaux des habitants de langue farsi du centre de l'Iran. Les nationalistes tibétains ne veulent pas que la Chine soit effacée.

Toutefois, les pays arabes (qui, au total, dépassent considérablement Israël en population et en richesse) ont longtemps réclamé qu'Israël soit rayé de la carte. Ils ont trois fois (bien inutilement) fait la guerre pour tenter d'atteindre cet objectif. Deux États arabes, l'Egypte et la Jordanie, ont maintenant des accords de paix avec Israël, et d'autres signalent qu'ils vont faire la paix si Israël reconnaît l'autodétermination des Palestiniens, mais dans l'intervalle, des États islamiques non arabes tels que l'Iran se sont joints à la demande qu'Israël soit effacé.

Beaucoup à gauche (et à droite aussi!) répondent aux menaces de ces gouvernements contre Israël en ne dénonçant pas les menaces, mais en critiquant les gouvernements de ne pas donner suite à ces menaces. Nous devons nous différencier.

Les États staliniens

Nous nous félicitons de votre clarification qu'il n'y a pas eu de révolution socialiste en Chine, et que la Yougoslavie, la Chine, Cuba et ainsi de suite n'ont pas été en transition vers le socialisme.

Vous ajoutez: "s'il n'étaient d'aucune manière en transition, alors ils étaient vers la restauration capitaliste complète".

Ils étaient capitalistes avant les révolutions staliniennes ou castristes. Alors quoi? La mission des bureaucraties dirigeantes était de mener à bien une transition ... du capitalisme à "la restauration capitaliste complète"?

Cela n'a de sens que dans les termes de la vieille blague en Europe de l'Est. "Qu'est-ce que le communisme, camarade?" "Le communisme est le plus long chemin du capitalisme au capitalisme».

Le terme "transition" indique que la Yougoslavie, la Chine et Cuba ont été transformées en une autre formation sociale dans l'intervalle, à partir de laquelle ils pourraient alors être "restaurés" au capitalisme.

Et le constat que les bureaucraties ont développé des formations (la Chine, les parties constitutives de la Yougoslavie) ou sont en train de développer (Cuba) vers un retour aux normes capitalistes indique que la nouvelle formation sociale n'était pas une étape historique au-delà du capitalisme, mais un détour à l'intérieur de l'époque historique et mondiale du capitalisme.

C'est ce que nous pensons. Ajoutons que la déviation en était une réactionnaire, car elle a supprimé les droits les plus fondamentaux de la classe ouvrière, civils et culturels d'une époque entière. Les travailleurs de la RDA ont souffert, et non pas bénéficié, d'être pris par ce détour plutôt que d'aller directement du capitalisme au capitalisme avec leurs frères et sœurs de l'Ouest.

Une analyse théorique complète des systèmes staliniens est encore à écrire. Contrairement à la plupart des groupes trotskystes, l'AWL ne s'engage pas officiellement dans une analyse spécifique. Ce que nous avons voté, ce qui est la position officielle de l'AWL, est une attitude programmatique: les systèmes staliniens étaient et sont des détours réactionnaires de l'époque historique du capitalisme, et leurs bureaucraties dirigeantes étaient et sont autant nos ennemies de classe que les classes capitalistes de l'Occident.

Nous continuons notre discussion sur l'analyse théorique. Certains d'entre nous, moi-même par exemple, soutiennent que les systèmes staliniens étaient et sont une espèce de capitalisme d'État. D'autres, la majorité je suppose, affirment qu'ils étaient et sont mieux définis comme collectivistes bureaucratiques. Nous sommes tous conscients que les simples étiquettes "capitaliste d'État" et "collectiviste bureaucratique" disent peu: il y a de nombreuses variétés de théorie à la fois sur le "capitalisme d'État" et le "collectivisme bureaucratique", et certains politiquement très différentes des nôtres. Nous sommes heureux de constater que les camarades de Marksist Tutum ont une attitude envers les systèmes staliniens très semblable à la nôtre.

Dans votre texte de 1991 vous vous plaignez que: "Ceux qui défendent la thèse d'une nouvelle société de classe ou formation sociale" sollicitent les questions "Où cette société nouvellement découverte se dirigeait? Quels étaient les types de rapports de production menant aux conditions matérielles de maturation?"

Mais vous dépeignez vous-mêmes les systèmes staliniens comme "une nouvelle formation sociale"! Autrement, il ne pourrait être question de "transition vers la restauration capitaliste complète". Et vous vous êtes donné des réponses - des réponses similaires aux nôtres - aux questions: «Où cette société nouvellement découverte se dirigeait? Quels étaient les types de rapports de production menant aux conditions matérielles de maturation?"

Si les systèmes staliniens n'étaient pas une nouvelle formation sociale, alors ils doivent avoir été une espèce de capitalisme. Vous rejetez cette idée: «Quant à ceux qui prétendent que les staliniens ont restauré le capitalisme, quoique sous une forme dominée par l'État, tout prouve le contraire ..."

Pour ma part, je crois que les arguments que vous donnez contre les théories "du capitalisme d'État" peuvent être et ont été répondus. Nous pouvons laisser cette question à de futures discussions théoriques. Ce qui est certain, pour l'instant, c'est que si vous rejetez l'idée que le système stalinien était une espèce de capitalisme, quoique aberrant, alors c'est seulement une autre façon de dire que vous les reconnaissez en tant que nouvelle formation sociale.

Vous écrivez que la bureaucratie stalinienne n'était "pas une classe". Même si vous aviez raison sur ce point, cela montrerait seulement que les systèmes staliniens étaient une sorte plus récente de formation sociale que nous pourrions autrement penser - une dans laquelle les règles antérieures concernant la structure de classe ont cessé de fonctionner - et non qu'ils ont échoué à être une nouvelle formation sociale.

Dans l'article de 1991 vous écriviez que "la mission historique (mais inconsciente)" de la bureaucratie stalinienne était de "fournir les vastes ressources et le marché de l'Union soviétique à la bourgeoisie". Si vous examinez ce que vous avez vous-même écrit sur les autres États staliniens, ça ne peut pas être correct.

La bureaucratie russe avait converti Europe de l'Est sur son propre modèle. Si sa mission était seulement de livrer le terrain à la bourgeoisie, elle aurait pu s'épargner beaucoup de peine, et laisser la bourgeoisie existante en place. Les formations militarisées staliniennes (les noyaux des futures bureaucraties) qui ont lutté, et ont lutté courageusement, pour prendre le pouvoir en Chine, en Yougoslavie, etc n'ont pas fait cela dans le but de garder ces pays pour la bourgeoisie. S'ils avaient seulement voulu faire ça, ils auraient pu tout simplement soutenir Chiang Kai Shek ou les tchetniks, et s'épargner de nombreuses victimes parmi les leurs.

Pour cette raison, si la bureaucratie stalinienne russe avait voulu seulement retourné le territoire à la bourgeoisie, elle aurait pu s'épargner encore beaucoup de peine, et négocier un accord avec les nepmen, les koulaks, et les capitalistes émigrés à la fin des années 1920, au lieu de se lancer dans un processus énorme et risqué de collectivisation forcée et d'industrialisation.

Les bureaucraties staliniennes, dans tous les pays, ont créé de nouvelles formations sociales, mais de nouvelles formations sociales qui furent capables de développer seulement des détours à l'intérieur de l'époque historique et mondiale du capitalisme.

Les bureaucrates avaient une relation définie aux moyens de production: elles les ont monopolisé. Elles avaient un statut économique distinct: l'écart de niveau de vie entre les bureaucrates et les travailleurs était plus grand que celui entre les capitalistes et les travailleurs dans la plupart des pays. Elles furent capables de se reproduire en tant que groupes sociaux de génération en génération (par des avantages en matière d'éducation et de promotion professionnelle plutôt qu'en léguant des richesses individuelles: la mobilité sociale était moindre en URSS que dans certains États d'Europe occidentale). Elles avaient un fort sentiment d'identité collective.

Ce n'est pas la place pour répéter la discussion que nous avons entrepris dans notre livre "The Fate of Russian Revolution" (Le destin de la révolution russe) sur les arguments de Trotsky dans les années 1930 contre le fait de décrire la bureaucratie russe en tant que classe dirigeante. Une chose, cependant, est claire. Ces arguments reposaient en grande partie sur l'observation que la bureaucratie était extrêmement instable et déchirée par de fréquentes purges énormes qui l'atteignaient jusque dans ses profondeurs. Ceci a cessé d'être le cas pour la bureaucratie russe à partir du début de la Deuxième Guerre mondiale, et n'a jamais été le cas pour les autres bureaucraties staliniennes. Des individus furent purgés en leur sein, bien sûr - Djilas, Beria, Deng, et ainsi de suite - mais le fait que le Shah et ses acolytes furent contraints à l'exil ne signifie pas que la classe capitaliste iranienne n'est pas une classe.

Vous écrivez que les politiques des bureaucraties ont démontré "des zigzags, des arrêts et des tentatives de retour en arrière ... des gestes aveugles étape par étape". Pour être une classe, même une classe dirigeante, il n'y a pas de garantie de lucidité ou de cohérence des politiques! En fait, les bureaucraties politiques, en dépit des aberrations, dans l'ensemble ont démontré plus de cohérence et de logique que de nombreuses classes capitalistes. Pendant une période initiale, elles se sont concentrées sur la construction d'une base industrielle lourde autonome pour chaque pays, grâce à la technologie empruntée et la plus sévère exploitation de la classe ouvrière. Une fois que la base a été établie, elles ont essayé de se diversifier à travers l'extension prudente des mécanismes du marché et du commerce extérieur.

Comme chaque classe dans l'histoire, les bureaucraties staliniennes avaient leurs particularités. Mais même si vous pouviez faire un argument que ces particularités les excluent des définitions marxistes précédentes de "classe", ça ne résoudrait rien.

Ça soulèverait la question de savoir s'il serait scientifiquement mieux de modifier ces anciennes définitions marxistes à la lumière du nouveau développement inattendu, plutôt que de s'accrocher à elles.

Et si nous ne les modifions pas? Est-ce que nous n'aurions alors pas besoin d'inventer un nouveau terme - disons "catégorie"- pour couvrir toutes les classes sociales antérieures, ainsi que les bureaucraties staliniennes? Si alors nous serions revenus sur toutes les œuvres précédentes de la théorie marxiste et remplacé "classe" par le mot "catégorie" , nous aurions eu une théorie beaucoup plus lucide que si nous avions réservé un mot, "classe", pour les sociétés non-staliniennes et avions utilisé un autre mot (lequel? caste?) pour les systèmes staliniens.

L'impérialisme

Dans d'autres documents vous avez expliqué les différentes conclusions politiques qui s'ensuivent dans un monde de pays politiquement indépendants - dans lequel, bien sûr, le mauvais traitement des pays économiquement faibles par les plus forts se poursuit - et le monde de l'impérialisme colonial "classique".

Nous comprenons que les conclusions de votre nouvel article dans IIDIB 4 seront similaires. La ligne de démarcation entre le capitalisme "autochtone" et le capitalisme "compradore" disparaît. En lieu et place des anciennes élites dirigeantes des pays dépendants, "composées de grands propriétaires terriens, de commerçants et d'usuriers", nous avons des bourgeoisies authentiques - les banquiers et les propriétaires d'usine. "Le capitalisme lui-même est au pouvoir".

Nous voulons, cependant, vous signaler deux points.

Vous écrivez à propos du "sous-développement accru des pays périphériques". Ceci n'est pas vrai. Le développement demeure très inégal, avec d'immenses et croissantes inégalités. Mais dans l'ensemble le capitalisme dans le "Sud global" est en plus rapide croissance que dans le "Nord". En effet, les résidus des relations coloniales qui restaient vraies il y a dix ans, lorsque nous avons publié notre article sur l'impérialisme imprimé dans IIDIB 6 - que le commerce Sud-Sud croissait plus lentement que le commerce Sud-Nord - n'est plus vrai. Le commerce Sud-Sud est maintenant en voie de dépasser les échanges Nord-Sud d'ici 2030.

Vous écrivez que les nouvelles bourgeoisies "ont été imposées par l'impérialisme sur la société", et vous remarquerez d'ailleurs que vous utilisez "impérialisme" comme synonyme des "États-Unis et leurs alliés". Mais les bourgeoisies de ce qu'on appelle aujourd'hui les "économies émergentes" sont issues du développement capitaliste dans ces économies (qui a été, bien sûr, souvent stimulé par l'intervention coloniale ou semi-coloniale). Elles ont été "imposées par l'impérialisme" seulement dans le même sens que par exemple la bourgeoisie américaine a été "imposée" aux États-Unis par la Grande-Bretagne.

Prendre un terme utilisé par les marxistes de l'époque de Lénine et de Trotsky pour décrire un système, et en l'adaptant pour se référer plutôt à des États particuliers, est particulièrement inutile ici. Il obscurcit le développement de ce que les camarades de Marksist Tutum appellent, à juste titre selon nous, "le sous-impérialisme". Bien sûr, les pays capitalistes les plus pauvres sont "dominés par l'impérialisme" dans le sens où ils sont subordonnés à un marché mondial dominé par les pays capitalistes les plus riches et des multinationales basées dans ces pays. C'est une question distincte de savoir si elles sont politiquement dominés par l'impérialisme - c'est-à-dire-les États-Unis, et une question distincte de savoir si elles ont leurs propres pulsions impérialistes.

L'assimilation de "contre les États-Unis" avec "contre l'impérialisme" est souvent politiquement déroutante, comme vous pouvez le voir dans le cas de ces nombreux gauchistes qui soutiennent ou soutiennent à moitié le régime iranien, car il est entré en conflit avec les États-Unis.